5G : les opérateurs commencent à cibler l'entreprise

Les nouveaux usages de la 5G ne sont pas encore bien arrêtés. Certes, il y a les services mobiles et l’IoT domestiques. Mais les opérateurs lorgnent aussi du côté de l’entreprise.

Lors du Mobile World Congress 2017 de Barcelone, Telefonica a montré qu’il était possible d’utiliser la 5G à faible latence pour conduire un véhicule à distance. (Crédit : Stephen Lawson)

Une fois encore, le Mobile World Congress, qui a lieu cette semaine à Barcelone (27 février au 2 mars), a permis aux opérateurs et aux vendeurs de faire miroiter tout ce que la 5G pourra apporter aux utilisateurs. Mais cette année, le sujet a été abordé avec un peu plus de réalisme. « La 5G n’est pas encore prête », a ainsi rappelé en début de semaine, Neville Ray, le CTO de T-Mobile USA. « La technologie gagne rapidement en maturité, mais elle n’est pas opérationnelle, et il est encore impossible de déployer une fréquence 5G pour des clients et leur proposer un mobile compatible ».

Comme la plupart des opérateurs, T-Mobile teste un pré-standard de la technologie 5G, et Neville Ray ne cache pas son enthousiasme au vu de tout ce qu’apportera effectivement à long terme cette fréquence de communication de prochaine génération. Mais il a rappelé au public que certains aspects de la 5G, comme l’usage des ultra-hautes fréquences pour faire communiquer entre eux les appareils mobiles, posaient toujours de gros défis techniques et que la 4G perdurera plusieurs années encore après les premiers grands déploiements de la 5G, qui auront lieu, dans le meilleur des cas, vers 2020.

Des usages qui restent à définir 

Ericsson, qui aborde le sujet avec la même prudence, reconnaît qu’il ne peut dire de façon claire comment les industries utiliseront la 5G. « Il est à peu près certain que la 5G va permettre de délivrer un service mobile plus rapide pour regarder des vidéos 4K et pour délivrer des services à large bande pour les foyers et les entreprises sans avoir à déployer la fibre », a déclaré Christian Hedelin, responsable de la stratégie de l’unité produits réseau d’Ericsson. Il en va de même de la sécurité du public, qui pourra tirer profit de la faible latence. Mais Ericsson continue à consulter des universitaires et des industries pour savoir à quels autres usages pourrait servir la 5G. « Le champ d’application de la 5G reste toujours à définir », a encore déclaré Christian Hedelin.

Cependant, cette année, ce sont les usages que pourraient faire les entreprises de la 5G qui ont surtout focalisé l’attention de nombreux participants au MWC, un intérêt qui tranche nettement avec les promesses de haut débit mobile faite il y un an lors de ce même salon. Selon les fournisseurs, les avantages clefs que pourraient tirer les entreprises de la 5G concernent la fiabilité, la faible latence et une plus grande autonomie pour les batteries des appareils IoT du fait d’une plus grande efficacité des réseaux.

Cette édition a donné lieu à des démonstrations étonnantes sur les possibilités de la 5G. L’opérateur espagnol Telefonica a permis aux gens qui visitaient son stand de piloter à distance un kart roulant sur une piste d’essai située à environ 70 km de Barcelone. Pour piloter le véhicule, le conducteur pouvait voir la piste en direct en vidéo 4K. L’expérience était assez réaliste : la latence totale ou le délai ne dépassaient pas les 30 millisecondes. « Selon Telephonica, si l’opérateur n’avait pas été obligé de passer par une liaison fibre longue de 70 km pour transmettre la vidéo, la latence aurait été de 4 millisecondes seulement ». Cela signifie que, si le véhicule avait été contrôlé à distance par la seule 5G, la conduite aurait été encore plus réactive. NTT DoCoMo a montré qu’il était possible de commander à distance un robot installé à l’intérieur d’une usine en utilisant la réalité virtuelle. L’idée était de faire transmettre via une connexion 5G à plus de 600 Mb/s par des caméras placées dans l’usine, des images à un opérateur équipé d’un casque VR afin qu’il puisse contrôler le robot à distance.

Découper le réseau en tranches 

D’autres participants ont montré comment utiliser la 5G pour exécuter des fonctions back-end de répartition du réseau. L’opération permet aux utilisateurs de réserver une partie du réseau 5G pour leur propre usage, et de fixer eux-mêmes la vitesse et les fonctionnalités souhaitées.

Si l’on regarde les nouveaux partenariats et essais annoncés lors du Mobile World Congress, on voit que les principaux acteurs de la téléphonie mobile intensifient leurs efforts pour développer des technologies découlant de la 5G afin de finaliser leurs standards plus rapidement. Plusieurs fournisseurs et opérateurs, dont Intel, Qualcomm et Ericsson, ont annoncé le développement d’une pré-version de la spécification 5G NR (New Radio). Celle-ci reprend des spécifications de la 4G/LTE, et permettra des déploiements d’un réseau pré-5G en 2019 au lieu de 2020.

La 5G lancée en 2019 en Corée du Sud 

Lundi, lors de sa keynote, le CEO de l’opérateur sud-coréen KT a promis que son entreprise lancerait en 2019 le premier service commercial 5G du monde après les essais qu’il compte mener aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang l’année prochaine. Verizon a annoncé que Cisco Systems l’aiderait à déployer aux États-Unis des services 5G en tests sur plusieurs centaines de sites cellulaires et sur plusieurs milliers d’emplacements. Pour ce projet, Cisco fournira du matériel pour les relais au sol, un réseau central virtualisé et un logiciel de gestion de services virtuels. Ericsson a également annoncé des essais 5G avec NTT DoCoMo, Vodafone et Telstra, en plus des 30 projets tests déjà en cours sur la 5G. Nokia a lancé ses propres essais avec des opérateurs, dont le projet de Verizon et Huawei a annoncé un réseau 5G virtualisé pour les réseaux distribués.

Les fabricants de hardware pour les périphériques commencent aussi à s’impliquer. Intel a annoncé la disponibilité de son premier modem 5G sur silicium fabriqué selon le processus de gravure à 14nm. Quant à Qualcomm, le fabricant a annoncé qu’il développerait une gamme de modems Snapdragon X50 5G qui pourront travailler sur des fréquences inférieures au 6 GHz, la plage de fréquences utilisées par les réseaux cellulaires actuels, et sur des bandes d’ondes millimétriques beaucoup plus élevées par lesquelles passera la majorité des communications 5G.

Des débits revus à la baisse

Contrairement à l’année dernière, les fournisseurs et les opérateurs ont aussi revu à la baisse les débits astronomiques – 15/20 GB/s contre 45 Gb/s – de la 5G mobile à large bande. Cela s’explique en partie par le fait que les connexions les plus gourmandes concernent surtout les smartphones grand public. Or les consommateurs représentent déjà une clientèle très captive pour les opérateurs mobiles. « D’autres fonctionnalités plus adaptées à l’industrie et à l’IoT promettent plus de croissance », a déclaré Peter Jarich, analyste de GlobalData. « Aujourd’hui, la priorité est d’aider les fournisseurs de services à entrer sur ce marché ».

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