Accrocs au smartphone : sommes-nous de mauvais parents ?

Accrocs au smartphone : sommes-nous de mauvais parents ?

Fixer des limites avec son smartphone n’est pas chose aisée. On est sans cesse tenté d’y jeter un œil au moindre temps mort : dans la queue au supermarché, dans une salle d’attente, aux toilettes… Une véritable addiction, le terme n’est pas trop fort, qui a aussi des conséquences sur nos interactions sociales, à commencer par nos enfants.

Nous sommes nombreux dans ce cas. Selon les chiffres de Flurry pour les Etats-Unis, le consommateur américain moyen passe maintenant environ cinq heures par jour sur un appareil mobile. Ce chiffre est encore plus élevé chez les jeunes adultes. Près de 40% des personnes âgées de 18 à 29 ans sont en ligne « presque constamment », selon le Pew Research Center, et neuf fois sur dix, elles utilisent un appareil mobile.

Il y a une explication physiologique à cela qui se passe au niveau du cerveau. Toutes ces alertes, notifications et résultats de recherche en ligne procurent un sentiment de récompense et de surprise quand nous les voyons jaillir sur ce petit écran. Ce sentiment incite le cerveau à produire de la dopamine, la sécrétion chimique qui nous pousse à rechercher de la nourriture, du sexe, des drogues et entraîne un comportement de dépendance. Et la dopamine est à son plus haut lorsque que les « récompenses » surviennent de façon imprévisible, comme c’est le cas des alertes sur le téléphone.

Tout cela pour dire que beaucoup de parents passent trop de temps à regarder leur téléphone. La question qui suit est évidemment : de quelle manière cette dépendance affecte-t-elle les adorables petites éponges que nous élevons ?

 

Le temps pour eux

Aux Etats-Unis, Jen Beason, une institutrice de CE2 dans une école de Louisiane a demandé à ses élèves de rédiger un texte sur une invention qu’ils auraient aimé n’avoir jamais existé. 4 élèves sur 21 ont choisi le smartphone. Elle a posté ces rédactions sur Facebook, dont l’une particulièrement éclairante : « Je n’aime pas le téléphone parce que mes[parents] sont au téléphone tous les jours » écrit un élève. « Un téléphone est parfois une très mauvaise[habitude]. Je déteste le téléphone de ma mère et j’aimerais qu’elle n’en ait jamais eu. » Selon USA Today, ce post a été partagé 261.000 fois.

De plus en plus de recherches montrent que les distractions téléphoniques des parents peuvent provoquer des sentiments négatifs chez les enfants : se sentir sans importance, tristesse, colère, solitude. Cette interférence de la technologie ou « technoference » en anglais, peut même conduire les enfants à mal se comporter.

Une étude américaine ayant observé des parents et des assistantes maternelles au téléphone dans un restaurant a révélé que les enfants étaient plus enclins à agir pour attirer l’attention. Une autre étude publiée par la revue Child Development a examiné les rapports de 170 familles biparentales d’enfants de 3 ans. Elle visait à déterminer si l’utilisation du téléphone par les parents pendant le diner, les moments de jeu ou d’autres activités interrompait le temps passé avec leurs enfants. Les chercheurs leur ont demandé de dire à quelle fréquence leurs enfants pleurnichaient, boudaient ou devenaient irritables, facilement frustrés ou hyperactifs pendant une période de deux mois. L’étude a conclu que même les niveaux « normaux » de technoference étaient corrélés au comportement des enfants.

« Nous avons le droit à une pause, une évasion, quelque chose de plus stimulant intellectuellement à certains moments », écrit Brandon McDaniel, coauteur de l’étude, sur le blog de l’Institut d’études familiales. Pour autant, il est important de savoir que le fait d’être distrait par nos téléphones « pourrait potentiellement influencer tous les aspects de la qualité parentale, ce qui vous amènerait à être moins attentif aux signaux qu’envoie votre enfant, à mal interpréter ses besoins, à réagir plus durement que d’habitude et à réagir beaucoup trop longtemps après que le besoin se soit fait sentir. »

 

Le temps pour soi

Tout cela est bien beau, mais est-ce réaliste ?

« Vous ne pouvez pas toujours dire que votre enfant passera avant votre téléphone », estime Judith Myers-Walls, professeure émérite en développement humain et en études familiales à l’Université Purdue. La question, dit-elle, est : « Comment puis-je montrer à mon enfant une façon positive de l’utiliser ? »

La réponse que nous avons le plus fréquemment entendue de la part des experts en développement de l’enfant est l’équilibre et la modération.

Si l’on voit son enfant en train de jouer seul, alors on peut prendre son téléphone et s’octroyer une pause. Mais il faut aussi savoir s’interrompre régulièrement pour aller vers lui, l’encourager dans son jeu d’un commentaire, l’aider si besoin, l’embrasser avant de retourner à son écran.

En revanche, si l’enfant recherche notre attention, l’ignorer trop longtemps peut le faire se sentir moins important que le truc rectangulaire bizarre que papa ou maman tient dans sa main. Mais il faut aussi savoir le faire un peu attendre pour lui apprendre la patience. Équilibre et modération…

Et s’il nous faut absolument consulter le téléphone alors que notre enfant réclame notre attention, on peut aussi lui expliquer ce que l’on fait : répondre à un appel important, à un SMS, un courriel, etc.

Si ces lignes directrices semblent approximatives, c’est parce qu’elles le sont. Une grande partie des recherches dans ce domaine se focalisent sur les comportements extrêmes. Il faut en faire son miel sans prendre tout au pied de la lettre.

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