Avec son décret, Trump peut-il tuer les smartphones Huawei ?

Avec son décret, Trump peut-il tuer les smartphones Huawei ?

Coup de tonnerre dans la mobilité ce weekend, le géant des Telecom Huawei n’aura plus accès aux applications et services de Google comme Gmail, le Google Play et surtout Android. La firme californienne ne fournira plus de support technique à Huawei. Google suit ainsi le décret signé par Donald Trump le 15 mai dernier qui interdit la participation d’entreprises étrangères jugées à risque dans les réseaux des opérateurs télécoms du pays :

« Le décret interdit les transactions qui impliquent des technologies de l’information et des communications ou des services conçus, développés, fabriqués ou fournis par des personnes appartenant à un adversaire étranger, contrôlé par lui ou soumis à sa juridiction ou à ses directives, lorsque le secrétaire au Commerce détermine qu’une transaction constituerait une menace pour la sécurité nationale » détaillait alors le ministère du Commerce dans un communiqué.

Huawei condamné à l’AOSP ?

Sur un marché de la mobilité structuré par le duopole Google Android / Apple iOS, l’annonce radicale de Google est catastrophique pour Huawei. En perdant sa licence, le deuxième fabricant mondial de smartphone perd de fait l’accès au store d’Android, à tous les services préembarqués et aux mises à jour Android.
En clair, plus de smartphones ou tablettes Android griffés Huawei ou Honor ? Pas tout à fait, car anticipant une restriction d’Android, Huawei s’était préparé en développant en interne un OS alternatif. Si peu d’information ont filtré sur ce système d’exploitation « maison », il est fort probable qu’il soit basé sur la version open source d’Android (AOSP). Il faudra dans ce cas que Huawei développe son propre écosystème applicatif et serviciel, pas simple même pour le champion chinois des Telecom au budget R&D considérable.

Si le fondateur de la marque, Ren Zhengfei, a indiqué ce samedi 18 mai concernant cette restriction d’Android  « Nous y sommes préparés », difficile pourtant d’imaginer un terminal Huawei sans une version complète d’Android. Il est ainsi probable que le gouvernement chinois entre dans la danse des négociations avec le gouvernement Trump afin d’obtenir une autorisation spéciale pour sa pépite des Telecom. Rappelons qu’en mai 2018, le président américain avait volé au secours d’un autre acteur chinois, ZTE, initiant ainsi un bras de fer avec le Sénat.

Après Google, à qui le tour ?

Impacté par ce décret sur le logiciel, Huawei se voit également fragilisé sur le hardware. Car si le fabricant chinois s’est libéré des fondeurs tels que Qualcomm pour ses puces à destination des terminaux mobiles, le chinois dispose de ses SoC maison (Kirin) développés par sa filiale HiSilicon, d’autres composants dépendent d’entreprises ou de brevets américains.
Intel, Qualcomm, Xilinx et Broadcom ont d’ores et déjà annoncé qu’ils allaient suivre le décret et geler leurs relations commerciales avec le chinois. Un coup dur pour les processeurs animant les ordinateurs portables Huawei ou encore la RAM et les modems présents dans les smartphones du chinois.

Les relations commerciales qu’entretiennent les acteurs de la tech avec les États Unis pourraient également jouer en la défaveur de Huawei. On pense notamment à un Leica (qui participe à la conception des optiques des smartphones de Huawei), qui entendra probablement conserver de bonnes relations avec les US plutôt que de continuer son partenariat devenu à risque avec le Huawei. Même menace du côté des usines d’assemblage. Dans un contexte tendu avec son voisin chinois, le Taiwanais TSMC (qui produit les puces maison de Huawei) préfèrera soigner ses bonnes relations avec les États-Unis.

Une escalade dans la guerre commerciale ?

Cette nouvelle étape devrait marquer un tournant géopolitique entre les deux blocs USA vs Chine. En touchant à la pépite chinoise Huawei, le gouvernement Trump et ses alliés économiques poussent les autorités chinoises à durcir le ton, les conséquences pourraient avoir des répercutions bien au-delà de la Tech.

Crédit image : pixabay