Avec Synergy, HPE passe aux systèmes convergés 2.0


Hewlett Packard Enterprise présente son projet Synergy comme un nouveau type d'architecture composable. (crédit : D.R.)

Hewlett Packard Enterprise présente son projet Synergy comme un nouveau type d’architecture composable. (crédit : D.R.)

Hewlett Packard Enterprise travaille depuis plusieurs mois sur son projet Synergy qui permettra à un ensemble de configurations matérielles de se configurer de façon automatique en associant, en fonction des besoins, les ressources de traitement, de stockage et de réseau. Les configurations requises par les applications sont sauvegardées sous la forme de modèles et déployées à travers le logiciel de gestion intégré à Synergy.

En juin dernier, sur la conférence Discover 2015, les équipes du futur Hewlett Packard Enterprise (HPE) avaient levé le voile sur le projet Synergy qui vise à transformer le matériel existant en pools de traitement, de stockage et de réseau à associer suivant les pré-requis des différentes applications. En apportant ce type de matériel « composable », l’objectif de HPE est de réduire les coûts des datacenters et le temps requis pour mettre en route de nouvelles applications. Synergy combine donc dans un châssis le stockage, les ressources de traitement (le compute) et l’équipement réseau, ainsi que le logiciel d’administration qui peut rapidement et automatiquement configurer le matériel afin de fournir exactement les ressources nécessaires à l’exploitation d’une application donnée, explique le groupe dirigé par Meg Whitman.



Pour présenter son projet Synergy, HPE a décliné le concept sur son site en une série de photos dont une image éclatée.

Synergy s’appuie sur les capacités apportées par son logiciel intégré, ses fonctionnalités d’auto-découverte et la fluidité de ses pools de ressources pour permettre aux entreprises de mettre en place instantanément une infrastructure prête à faire tourner des applications physiques, virtuelles ou conteneurisées, selon HPE.

Livraison au 2ème trimestre 2016

Les analystes des cabinets spécialisés qui ont vu une préversion du produit ont été plutôt impressionnés. Mais une grande partie de la mise en oeuvre repose sur l’aptitude de HPE à communiquer sur les bénéfices auprès des clients potentiels et à fournir les fonctionnalités promises. La disponibilité de Synergy serait prévue pour le deuxième trimestre 2016 et aucune tarification ne sera fournie d’ici là. Le matériel de base loge dans un ensemble de dix racks de 17,5 pouces (44,45 cm) qui peut être composé avec différentes capacités de traitement et de stockage. Ces châssis peuvent aussi recevoir des appliances pour exploiter les logiciels gérant l’ensemble, dont Composer et Image Streamer. Quatre de ces ensembles peuvent être empilé dans un rack et plusieurs racks peuvent être reliés ensemble.

L’essentiel des nouveautés du projet Synergy réside dans le logiciel utilisé qui recherche quelles sont les ressources disponibles et qui assemble les pools de traitement et de stockage. Les configurations détaillées requises par des applications particulières peuvent être sauvegardées sous la forme de modèles (templates) et déployées à travers Composer. Quand l’un de ces modèles est lancé, il configure le matériel de façon programmée, sans aucune intervention humaine, selon HPE, ce qui réduit les risques d’erreurs et accélère le processus. Le logiciel permettant de gérer l’ensemble peut aussi stocker des images de systèmes d’exploitation et les appliquer lorsqu’un serveur est configuré, automatisant ainsi également ce processus.

Une ligne de code pour configurer un système

S’il n’existe pas de modèle pour une configuration donnée, HPE a développé une API unifiée qui gère des fonctions telles que la configuration de BIOS, l’allocation de ressources de stockage et les autres tâches nécessaires pour la mise en route du matériel. Selon HPE, si des équipes DevOps veulent commencer à tester une nouvelle application, l’API unifiée leur permet de saisir une simple ligne de code pour configurer le système dont elles ont besoin. Cela permet aux développeurs de travailler plus vite et évite aux équipes informatiques d’être un goulet d’étranglement, assure HPE.

Pour Richard Fichera, analyste du cabinet Forrester Research, Synergy devrait considérablement réduire le temps qu’il faut aux départements informatiques pour provisionner de nouveaux systèmes. « Cela résoudrait un grand nombre de problèmes de base dans l’allocation de la couche physique dans un contexte où les infrastructures deviennent de plus en plus de plus en plus dynamiques », estime-t-il. Avant de rejoindre Forrester il y a cinq ans, il était directeur de la stratégie pour les serveurs lames chez HP.

Un moyen de dépasser les limites des systèmes convergés

L’idée d’une infrastructure composable n’est pas nouvelle, rappelle de son côté Paul Delory, analyste chez Gartner, en notant que Cisco utilise également ce terme pour décrire ses serveurs UCS M Series. Mais le potentiel de HPE le met davantage en mesure de livrer ce qu’il annonce, considère-t-il avec une réserve tout de même puisque Synergy en est encore à plusieurs mois de sa date de disponibilité. « Je trouve que ce qu’ils ont fait est innovant », reconnaît-il. HPE destine avant tout son produit à de grandes entreprises qui souhaitent disposer de la flexibilité d’une infrastructure cloud mais qui ne veulent pas migrer d’applications dans ces environnements pour des raisons de conformité réglementaire ou de sécurité. Il vise de grands comptes dans les secteurs de la finance, de la santé et de l’assurance.

Synergy représente la prochaine étape dans l’évolution des systèmes convergés avec lesquels les clients achètent une infrastructure préconfigurée et virtualisée. Mais les systèmes convergés ont les limites physiques du matériel logé dans le châssis, pointe Paul Durzan, vice-président de HPE, responsable de la gestion d’infrastructure et des logiciels d’orchestration. « Lorsque vous achetez des ressources, vous vous retrouvez devant des limites physiques. Donc, si vous êtes bloqués sur le stockage mais pas sur le compute, vous devez acheter une autre boîte », expose-t-il. Selon lui, Synergy apporte une réponse à ce problème de blocage parce que, contrairement à ce qui se passe avec les systèmes convergés, il n’y a pas de ratios de stockage par rapport au compute. Avec Synergy, toutes les capacités peuvent être utilisées, même si cela amène à aller chercher des modules de stockage qui se trouvent deux racks plus loin. Par ailleurs, les systèmes peuvent toujours être virtualisés et HPE rappelle qu’il travaille avec VMware, Microsoft, Puppet, Ansible et Chef pour donner accès à l’API Synergy à travers leurs outils de virtualisation et d’automatisation. « Avec Chef, par exemple, vous prenez les modèles de configuration et vous vous en servez comme d’une bibliothèque au sein de Chef », illustre Paul Durzan.

Rationnaliser les achats

Synergy pourrait permettre aux entreprises de rationaliser leurs processus d’achat parce qu’elles n’auront plus besoin de commander de nouveaux matériels sur la base d’applications particulières ou de spécifications de capacités, mentionne de son côté l’analyste Richard Fichera. Synergy leur donnera davantage de flexibilité pour configurer leurs systèmes après leur installation. Ce projet pose un jalon de plus vers des systèmes qui seraient encore plus composables et qui permettraient à des processeurs et à des puces mémoires d’être reliés de façon programmable pour travailler ensemble.

Cette possibilité est aujourd’hui limitée par l’utilisation des processeurs serveurs Xeon d’Intel, mais lorsque les liaisons photoniques à haute vitesse (sur lesquelles HPE travaille) deviendront une réalité, les serveurs pourront alors être désagrégés jusqu’au niveau des composants, souligne Jed Scaramella, analyste chez IDC. Les clients sont intéressés par le concept de systèmes composables, constate-t-il, bien que la plupart d’entre eux n’utilisent pas ce nom. Il pense que Synergy concernera en premier les clients utilisant des serveurs lames, et HPE en compte beaucoup. Ensuite, le groupe de Meg Whitman pourra s’intéresser à ceux qui utilisent les serveurs UCS de Cisco. « Il faudra faire un effort de pédagogie », estime pour sa part Richard Fichera, mais il ne sera pas trop difficile de convaincre les gens des apports de la technologie, selon lui.