Big Data – Le démantèlement des Gafa, « une phrase très agréable à prononcer »

 

« Nous attendons du gouvernement (…) que le principe de la donnée d’intérêt général soit étendu aux opérateurs même lorsqu’ils ne sont pas en contrat avec une autorité publique » déclarait lors de la première journée du salon Big Data l’adjoint à la maire de Paris, Jean-Louis Missika.

Un représentant de ce gouvernement ouvrait justement la deuxième journée de l’édition 2019. Ce dernier se verrait d’ailleurs bien dans le siège d’Anne Hidalgo. Si Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au numérique, a bien parlé de données, il n’a en revanche pas abordé la question de leur intérêt général.

Rien « de moderne à créer des mastodontes numériques »

Partisan d’une « régulation pro-business », comme il le déclare lui-même, peut-être réalise-t-il qu’il est plus facile de discuter d’un concept que de le mettre en œuvre, au risque de freiner l’implantation de certaines entreprises ou que le sujet ne devienne un épouvantail.

Le monsieur numérique du gouvernement reconnaît cependant que la concentration des contenus et des données au sein d’un nombre réduit d’acteurs constitue un problème bien réel. Aujourd’hui, « une dizaine de grands points d’attraction concentrent une grande partie des contenus et une grande partie des données. »

La conséquence, c’est un Web conçu pour être décentralisé qui est devenu une « architecture avec quelques mastodontes fournisseurs de solutions. » Or, estime Mounir Mahjoubi, « il n’y a rien de moderne à créer des mastodontes numériques […] C’était le modèle d’avant le Web. »

Le membre de l’exécutif juge donc que la France, comme l’Europe, doit « reprendre en main son futur numérique. Il est temps de le faire. » Il oubliera toutefois durant l’ensemble de sa prise de parole de préciser très concrètement comment cette ambition se concrétisera, préférant promouvoir des principes et de valeurs, certes estimables, mais générales et inefficaces sans outils à leur service.

Une évidence cependant : la donnée est plus que jamais au cœur de tout, y compris de la politique. « Les données sont devenues un véritable enjeu de souveraineté et d’autonomie stratégique. C’est la première fois qu’on utilise ces mots pour définir des données personnelles, industrielles, commerciales » insiste l’ancien président du CNNum.

La cybersécurité est un moyen de renforcer souveraineté et autonomie. Mais pour Mounir Mahjoubi, cela passe aussi « paradoxalement, par une plus grande circulation des données », au travers de la portabilité.

Ni contrôle ni laisser-faire, mais une « smart regulation »

Sujet qu’il va jusqu’à qualifier de « sujet cœur en 2019 et 2020, celui qui peut transformer radicalement les modèles de partage de données, les modèles de concurrence », en permettant par exemple à une PME de changer plus facilement de fournisseur de cloud.

Les principes de portabilité et d’intérêt général des données sont-ils conciliables ? Jean-Louis Missika le suggérait hier. Ils pourraient aussi permettre d’atténuer le monopole des géants du Web sur les données.

A moins que leur démantèlement soit devenu désormais inévitable ? La proposition est défendue notamment aux Etats-Unis par une candidate à l’investiture démocrate. Le prétendant à la Mairie de Paris ne cache pas son scepticisme.

« Le démantèlement des Gafa, c’est une phrase très agréable à prononcer. Une fois qu’on l’a dite, on est très heureux, et après on regarde dans les faits ce que ça veut dire (…) Sépare-t-on les différentes activités en filiales ? (…) Ou est-ce qu’on réfléchit à quelque chose de plus puissant : la portabilité, la standardisation et la décentralisation des données. »

Une manière selon lui d’empêcher ces géants d’enfermer les internautes – comme leurs données – dans leurs écosystèmes. « Est-ce que ce que nous avons tous voulu, c’est que Facebook devienne la couche infrastructure/soft du world wide web ? Non, nous avons tous souhaité que ce soit un service parmi d’autres. »

Des bénéfices smart eux aussi ?

Facebook, Google et consorts ne prendront pas volontiers cette orientation. Comment alors ? La « smart régulation », car aujourd’hui tout est « smart », du smartphone à la smart home, sans oublier la smart city.

Cette régulation vantée comme intelligente est ainsi à l’œuvre en matière de lutte contre les propos haineux sur Internet. Avec des résultats que chacun sera libre de juger et dont les entreprises apprécient sans doute le peu de contraintes qui l’accompagnent pour le moment.

Mounir Mahjoubi reconnaît qu’il faudra plus qu’aiguillonner les plateformes, après une phase d’intenses discussions, à laquelle semble devoir à présent succéder une « phase législative. » Et « demain, cette législation va nous permettre de rentrer dans une discussion franche et ferme (…) avec menace de sanction et sanction potentielle pour mettre en place un dispositif » que seuls ces services « sauront mettre place ».

Pour plagier l’univers Marvel, à gros trafic, grosses responsabilités. Charge aux plateformes de modérer les contenus haineux, mais par le biais de règles de modération, d’un suivi et d’un audit de cette modération et des contestations « transparents ».

Mais que les partisans du libéralisme se rassurent, la « régulation intelligente est résolument pro-business », tout en favorisant interopérabilité, fluidité des transferts de données, et en créant plus de concurrence (…) ». Forcément, elle est « intelligente ».

On regretterait presque d’apprendre que « ce n’est pas en régulant qu’on va créer des champions », dont l’émergence dépendra « aussi » d’investissements, de centres de recherche, de startups en développement, etc. Et aussi de données et d’une maîtrise retrouvée sur ces dernières ?

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