Cambridge Analytica : Facebook a-t-il feint d’ignorer le vol de données ?

 

Facebook était informé de l’exploitation par Cambridge Analytica des données de ses utilisateurs des mois avant que les médias n’en prennent connaissance, selon une procédure récente dans une affaire judiciaire concernant le scandale.

Le procureur général de Washington DC a fait cette accusation alors qu’il plaidait contre la tentative de Facebook de garder un document sous scellés. L’entreprise le justifie au nom de la protection d’informations commerciales sensibles.

Le « laxisme » de Facebook dénoncé devant la justice

Le document en question est « un échange de courriels entre des employés de Facebook discutant de la façon dont Cambridge Analytica (et d’autres) a violé les politiques de Facebook » selon les observations du procureur général.

« Cela indique aussi que Facebook était au courant de la collecte de données inappropriée de Cambridge Analytica des mois avant que les médias n’en parlent. » Ces courriels remettent en cause les déclarations du réseau social et la sincérité de sa volonté de lutter contre ces pratiques.

Pour rappel, l’entreprise de conseil politique Analytica avait accédé indûment aux données personnelles de 87 millions d’utilisateurs de Facebook. Et ce dans le cadre d’actions au profit de la campagne présidentielle de 2016 aux US.

En décembre, le procureur général de Washington DC a poursuivi Facebook en justice, reprochant au géant de la publicité le « laxisme » de sa supervision et le caractère trompeur de ses paramètres de confidentialité.

Dans un témoignage devant le Congrès américain en avril dernier, Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, déclarait : « En 2015, les journalistes du Guardian [Ndlr : menacés ensuite de poursuites] nous ont appris que Kogan avait partagé les données de son application avec Cambridge Analytica. »

Le dossier du tribunal indique cependant que les faits dans le document montrent que dès septembre 2015, un employé de Facebook basé à Washington a averti l’entreprise d’infractions à la politique de la plateforme par Cambridge Analytica.

Des salariés « ont entendu dire », se défend Facebook

Le document suggère qu’au moins un employé de Facebook était informé d’une possible activité inappropriée de Cambridge Analytica des mois avant le rapport du Guardian de décembre 2015 sur les pratiques de collecte de données. Facebook maintient de son côté ne pas avoir été informé du transfert des données à Cambridge Analytica avant décembre 2015.

« Il s’agit de deux incidents différents : en septembre 2015, des employés ont entendu dire que Cambridge Analytica scrapait des données, ce qui est malheureusement courant pour tout service Internet » affirme un porte-parole de Facebook dans un communiqué.

« En décembre 2015, nous avons appris par les médias que Kogan avait vendu des données à Cambridge Analytica, et nous avons agi. Ce sont deux choses différentes. » Deux faits distincts oui, mais indissociables. Les deux pointent les pratiques du cabinet, le second précisant plus particulièrement le moyen employé pour enfreindre les règles. Le mail interne aurait pu encourager Facebook à enquêter sur l’entreprise, ce qu’elle n’a pas fait.

En novembre, le New York Times contestait déjà la version officielle de la firme. Le journal rapportait que Zuckerberg et Sheryl Sandberg, numéro deux de Facebook, avaient « ignoré les signes avant-coureurs » du scandale Cambridge Analytica.

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