Emmanuel Macron avance à découvert sur la levée de l’anonymat sur la toile

L’Elysée lance l’offensive face à la propagation des Fake News. Dans le cadre de sa tournée de promotion du Grand Débat National, le président de la République s’est dit vendredi dernier favorable à la mise en place d’une « forme d’hygiène démocratique du statut de l’information », via une « levée progressive de toutes formes d’anonymat » sur la toile, et notamment sur les réseaux sociaux.

 

Lors d’une réunion publique en présence d’élus locaux à Souillac, le pensionnaire de l’Elysée a fait valoir que, sur Internet comme dans le reste de l’espace public, « toutes les expressions sont légitimes mais toutes ne se valent pas ». « Je crois qu’on doit aller vers une levée progressive de toute forme d’anonymat et vers des processus où l’on sait distinguer le vrai du faux et où l’on doit savoir d’où les gens parlent et pourquoi ils disent des choses. Aujourd’hui on a beaucoup d’informations mais on ne sait pas d’où elle vient », a indiqué le président de la République devant un parterre d’élus locaux.

Si ce dernier considère que l’accélération de la propagation de l’information permis par la démocratisation de l’accès à la parole publique via notamment les réseaux sociaux comme une « opportunité », il a par ailleurs averti : « Il faut faire attention à ne pas s’engouffrer dans cette horizontalité en disant qu’il n’y a plus de hiérarchies dans les paroles car on ne pourra plus jamais décider ».

« Si on arrive à faire circuler l’information véritable, chacun sachant de là où on parle et s’exprimant non pas de manière anonyme mais en disant d’où il parle et qui il est, nos citoyens partageront beaucoup mieux la décision publique », a-t-il également indiqué, sans pour autant préciser quelles mesures l’exécutif pourrait mettre en œuvre pour limiter l’anonymat sur la toile.

Des soutiens politiques en dehors de la majorité

Interrogé ce jeudi sur l’antenne de Franceinfo, le ministre de la Culture Franck Riester s’est pour sa part dit « très prudent » quant à ce sujet brûlant. « Le président a dit qu’il fallait s’interroger sur cette question-là. C’est une question qui interroge nos compatriotes », mais « je suis très prudent sur ce sujet-là parce que l’anonymat est une garantie d’expression libre dans les réseaux sociaux, un principe important de liberté d’expression », a-t-il fait savoir.

Pour autant, la levée de l’anonymat, que préconisait déjà Emmanuel Macron lors d’un discours tenu en novembre dernier, fait l’objet d’un soutien politique, y compris en dehors de la majorité présidentielle. Alors que le député LR Eric Ciotti avait déjà fait des propositions en ce sens en 2016, la levée de l’anonymat est également soutenue par le député européen et leader d’EE-LV Yannick Jadot qui a indiqué lundi, sur l’antenne de BFMTV que « la force du débat politique et […] et des réseaux sociaux, comme la force du lien social, […] c’est d’assumer ce qu’on dit. C’est trop facile de se mettre derrière un compte anonyme et d’insulter tout le monde ».

Si la mesure rencontre donc un certain écho chez les décideurs politiques, elle suscite au mieux de la méfiance du côté de certaines associations de défense des droits publics. A commencer par La Quadrature du Net, qui lançait déjà un appel pour la défense du droit à l’anonymat sur Internet dès 2010.

Reste à voir la forme que pourrait donner dans les faits les pouvoirs publics à cette « levée progressive de l’anonymat ». Pour rappel, la lutte contre les Fake News a déjà fait l’objet d’un projet de loi relatif à la lutte contre la manipulation de l’information promulgué en fin d’année dernière. Si celle-ci vise avant la manipulation de l’information et la lutte contre le détournement de suffrages en période électorale, elle pourrait malgré tout constituer un premier pas vers la fin partielle ou totale de l’anonymat sur la toile.

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