Entre parano et affaire Appelbaum : le projet Tor en proie aux doutes

Le réseau en oignon traverse un été difficile. Celui-ci est pris dans la tourmente des accusations qui visent l’un de ses principaux porte-parole, Jacob Appelbaum, activiste militant pour le logiciel libre et la défense contre la surveillance gouvernementale. Au moins de juin, le site web du Tor Project informait que celui-ci avait démissionné de ses fonctions au sein du projet. Une annonce brève et lapidaire, détaillée peu de temps après par Shari Steele, la directrice du projet, qui indiquait vouloir lancer une enquête indépendante sur des accusations de harcèlement.

On aurait pu croire que l’affaire allait se tasser, mais les dernières semaines ont prouvé que le réseau Tor n’était pas sorti du marasme. Au début du mois de juin, un site internet est mis en ligne sous le nom de domaine Jacobappelbaum.net. Celui-ci contient plusieurs témoignages, parfois anonymes, retraçant les diverses accusations portées à l’encontre du porte-parole. Certains textes font état de harcèlement sexuel voire de rapports non consentis, tandis que d’autres évoquent le harcèlement moral que Jacob Appelbaum aurait mis en place à l’encontre de divers collaborateurs. La publication de ces divers témoignages a également encouragé d’autres internautes à partager leurs histoires avec Appelbaum.

Figure de proue

Celui-ci reste dans un premier temps silencieux et se refuse à tout commentaire sur l’affaire, attendant les résultats de l’investigation indépendante lancée par le Tor Project. Mais au mois de juin, il publie un texte dans lequel il conteste les accusations portées à son encontre et dénonce « une attaque planifiée et calculée » à son encontre.

Jacob Appelbaum est un des activistes les plus en vue dans le milieu de la lutte pour les libertés individuelles sur Internet. L’ex journaliste a notamment été impliqué au sein de l’Electronic Frontier Foundation, s’est illustré à travers différentes conférences et publications au sein de la cybersécurité et a fait partie des premiers à avoir travaillé sur les documents publiés par Edward Snowden en 2013. Il est également proche de Wikileaks et de Julian Assange, dont il a été le porte-parole lors de la conférence HOPE en 2010.

À la fin du mois de juillet, les résultats de l’enquête tombent et les conclusions sont résumées par Shari Steele dans un post de blog daté du 27 juillet. « De nombreuses personnes ont fait part d’humiliations, d’intimidations et de comportements inappropriés de la part de Jacob. Certains ont également expliqué avoir été victimes de comportements sexuels agressifs indésirables de sa part. Certains de ces témoignages ont été publiés, d’autres non » explique ainsi la directrice du projet Tor. Celle-ci annonce au passage avoir pris des mesures afin d’éviter que ce type d’incident ne se reproduise, notamment via la mise en place d’un code de conduite au sein des contributeurs du projet Tor.

Un scandale qui divise la communauté

Une quinzaine de jours plus tard, Jacob Appelbaum s’exprime à nouveau dans les colonnes du quotidien allemand Die Zeit. À l’occasion de cette nouvelle prise de parole, il dénonce les « approximations » présentes dans certains témoignages l’accusant et réfute les accusations de viol portées par une victime s’exprimant sous le nom de River. Dans ce contexte, des regroupements se font entendre pour prendre la défense de l’activiste : un compte Twitter est crée afin de « faire émerger la vérité sur l’affaire visant Jacob » et un appel au boycott de Tor est lancé pour le 1er septembre. Les membres du groupe appellent à un boycott en soutien à Jacob Appelbaum et estiment que la procédure d’enquête mise en place par le Tor Project n’était pas équitable. Plusieurs contributeurs et administrateurs de relais Tor ont également annoncé leur soutien à l’activiste, rejoignant la cause des frondeurs qui exigent au passage un renouvellement du bureau de Tor Project.

La situation est donc tendue au sein du réseau Tor, dont les militants semblent de plus en plus partagés entre les pro et anti Appelbaum. Outre ces considérations, certains soulignent que le projet aurait pu être infiltré par des agents liés au renseignement américain : le groupe à l’origine du boycott demande ainsi que les membres ayant eu par le passé des liens directs avec le gouvernement américain soient écartés du projet. Le réseau reste aujourd’hui parfaitement fonctionnel techniquement parlant et rien dans cette affaire ne vient remettre en cause sa fiabilité. Mais la gouvernance du projet semble aujourd’hui peiner à surmonter les divisions que l’affaire a mises en lumière entre plusieurs membres fondateurs et la controverse ne semble pas s’apaiser.

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