Facebook : nouvelles révélations sur le partage de données avec des géants de la Tech

Facebook : nouvelles révélations sur le partage de données avec des géants de la Tech

« Pendant des années, Facebook a donné à certaines des plus grandes entreprises technologiques du monde un accès aux données personnelles des utilisateurs plus intrusif qu’il ne l’a admis, ce qui a eu pour effet d’exempter ces partenaires commerciaux de ses règles de confidentialité ». Voici ce que révèle le New-York Times qui s’appuie sur des documents internes et des témoignages anonymes.

Des arrangements spéciaux, détaillés dans des documents internes de Facebook, ont permis au moteur de recherche Bing de Microsoft d’accéder aux noms de tous les amis des utilisateurs de Facebook sans leur consentement et à Netflix et Spotify de lire les messages privés des utilisateurs du réseau social.

D’autres accords de même nature ont permis à Amazon d’obtenir le nom et les coordonnées des utilisateurs par l’intermédiaire de leurs amis et à Yahoo de consulter des flux de messages d’amis aussi récemment que cet été et ce malgré les déclarations de Facebook selon lesquelles il avait mis fin à ce type de partage des données.

Facebook est sous le feu des projecteurs depuis la révélation en mars dernier que la société de conseil Cambridge Analytica avait utilisé à mauvais escient les données des utilisateurs de Facebook à l’approche des élections présidentielles américaines de 2016. Depuis lors, Mark Zuckerberg, P-DG de Facebook, a témoigné devant le Congrès et le Parlement européen pour répondre aux questions concernant le traitement des données des utilisateurs par Facebook.

Des accords avec plus de 150 entreprises

Le réseau social est également sur la sellette pour n’avoir pas assez lutté contre les abus des trolls russes qui ont propagé des infox et du contenu clivant. L’activité russe s’inscrivait dans le cadre d’une campagne coordonnée visant à interférer avec l’élection présidentielle américaine en semant la discorde parmi les électeurs.

Facebook a reconnu en juillet avoir conclu des accords de partage de données avec des douzaines d’entreprises de technologie, admettant avoir continué de partager de l’information avec 61 fabricants de matériel et de logiciels même après avoir déclaré qu’il avait mis fin à cette pratique en mai 2015. Les accords de partage de données visaient à intégrer l’ « expérience Facebook » avec les appareils mobiles, ce qu’un représentant de Facebook à l’époque appelait une « pratique standard de l’industrie ».

Selon l’article du New-York Times, les documents montrent que Facebook avait conclu des ententes avec plus de 150 entreprises, principalement dans l’industrie de la technologie, mais aussi dans l’industrie automobile et les médias, pour donner accès aux données de centaines de millions de personnes chaque mois. Ces accords étaient tous actifs en 2017 et certains étaient encore en vigueur cette année. Facebook a nié avoir permis à ses partenaires d’ignorer les paramètres de confidentialité des gens et a déclaré qu’il « est faux de suggérer qu’ils le font ».

« Au fil des ans, nous nous sommes associés à d’autres entreprises pour que les gens puissent utiliser Facebook sur des appareils et des plateformes que nous ne supportons pas nous-mêmes », a expliqué Steve Satterfield, directeur de la protection de la vie privée et des politiques publiques de Facebook. « À la différence d’un jeu, d’un service de musique en streaming ou d’une autre application tierce, qui offrent des expériences indépendantes de Facebook, ces partenaires ne peuvent offrir que des fonctionnalités spécifiques de Facebook et ne peuvent utiliser les informations à des fins indépendantes. »

Les documents auxquels le New-York Times a eu accès soulèvent la question de savoir si les accords de partage de données sont allés à l’encontre d’un décret de consentement émis par la Federal Trade Commission dans le but de surveiller comment Facebook suit et partage les données de ses utilisateurs. Ledit décret a été pris à la suite d’une plainte déposée en 2011 par la FTC qui accusait Facebook de manquer à sa promesse de préserver la confidentialité des données de ses utilisateurs. Le réseau social avait assuré que les applications tierces n’avaient accès qu’aux données nécessaires à leur fonctionnement. Mais en réalité, elles avaient accès à presque tous les renseignements personnels d’un utilisateur.

Aux termes de l’accord avec la FTC, Facebook s’est engagé à obtenir le consentement des utilisateurs avant de partager leurs données avec des tiers. Le réseau social devait aussi établir un « programme complet de protection de la vie privée » et se soumettre à un audit indépendant tous les deux ans au cours des 20 prochaines années pour certifier l’efficacité de celui-ci.

Amazon, Microsoft et Netflix contestent

D’autres entreprises mentionnées dans l’article du New-York Times ont nié avoir utilisé leur partenariat avec Facebook pour violer la vie privée des utilisateurs.

Amazon a déclaré que son partenariat avec Facebook n’enfreignait pas sa propre politique de confidentialité. « Amazon utilise les API fournies par Facebook afin d’intégrer des expériences Facebook à nos produits », a déclaré un porte-parole. « Par exemple, en donnant aux clients la possibilité de synchroniser les contacts Facebook sur une tablette Amazon. Nous n’utilisons les informations que conformément à notre politique de confidentialité. »

Microsoft a déclaré avoir pris des mesures pour s’assurer que les données de Facebook ne soient pas utilisées pour créer des profils à des fins publicitaires ou de personnalisation. « Tout au long de notre engagement avec Facebook, nous avons respecté toutes les préférences des utilisateurs », a indiqué un porte-parole de Microsoft.

Netflix a déclaré que bien qu’il utilise Facebook pour améliorer sa convivialité auprès de ses abonnés, il ne lisait jamais les messages privés des utilisateurs sur le réseau social.

« Au fil des ans, nous avons essayé différentes façons de rendre Netflix plus social. Par exemple, nous avons lancé en 2014 une fonction qui permet aux membres de recommander des séries et des films à leurs amis Facebook via Messenger ou Netflix », a expliqué un porte-parole du service de VoD. « Il n’a jamais été populaire, alors nous l’avons fermé en 2015. À aucun moment, nous n’avons eu accès aux messages privés des gens sur Facebook ou n’avons demandé la possibilité de le faire. »

Spotify n’a pour le moment pas donné de commentaire.

à lire aussi