Facebook : « Pas en Europe », nouvelle arme du réseau social ?

Facebook dévoile ses nouvelles fonctionnalités et le fait savoir, mais ne manque jamais de préciser que celles-ci ne sont pas disponibles en Europe. C’est ainsi le cas de la nouvelle possibilité dévoilée ce mardi par Facebook, mais c’était déjà le cas avec le dispositif de prévention des suicides en début de mois.

 

Et la méthode risque fort de se renouveler à l’avenir : Facebook ne donne pas la raison précise de ce refus, mais le réseau social explique que l’état de la réglementation sur les données personnelles en Europe fait partie des raisons qui poussent Facebook à se montrer timide à l’égard du marché européen en termes de fonctions basées sur la reconnaissance faciale.

On pense évidemment au RGPD, règlement européen sur la protection des données et qui doit entrer en vigueur en Europe en mai 2018, mais l’arsenal législatif qui protège les données personnelles des internautes européens est plus large que cela. On peut ainsi rappeler l’existence de la directive e-privacy, qui doit également bénéficier d’une remise à jour afin d’envisager une adoption dans le courant de l’année 2018. Ce à quoi doivent s’ajouter les différentes régulations nationales, tel que la loi Informatique et liberté en France, et qui viennent parfois ajouter des spécificités du droit en matière de données personnelles pour chaque pays.

Facebook veut faire des jaloux ?

Mais en la matière, Facebook joue la carte de l’opacité et n’explique jamais exactement quel aspect du droit européen fait craindre le pire au réseau social. Ce flou artistique entretenu par Facebook ne devrait néanmoins pas surprendre ceux qui ont suivi les prises de position du réseau social au cours des dernières années.

Ainsi, en 2016, après plusieurs années passées à mener une guerre larvée face aux autorités de protection des données, Facebook appelait à une accalmie sur ce front et expliquait être prêt à travailler avec les autorités et les utilisateurs afin de faire évoluer protection des données et innovation technologique en parallèle. « Nous nous trouvons dans une situation intenable où deux directions semblent s’opposer, inconciliables : d’un côté le désir d’innovation, de croissance et d’utilisation de la technologie ; de l’autre, le droit à la vie privée et au respect de ses données personnelles. Nous avons besoin d’engager un nouveau dialogue » expliquait ainsi Stephen Deadman, directeur adjoint en charge de la vie privée chez Facebook.

Cette tension n’est en effet pas simple à résoudre, mais la stratégie de communication de Facebook avec ses nouvelles fonctionnalités relève plutôt du passif agressif : Facebook présente ainsi de nouvelles fonctionnalités visant à faciliter la protection de la vie privée de ses utilisateurs. La possibilité d’identifier automatiquement toutes les photos de soi mises en ligne sur la plateforme, sans même nécessiter d’être identifié par un autre utilisateur, est du pain béni pour ceux qui souhaitent mieux contrôler leur identité numérique sur la plateforme de Facebook.

Facebook teste également un outil permettant de reconnaître et de prévenir la mise en ligne de photos compromettantes sur sa plateforme, pour peu que l’utilisateur accepte de confier ses photos dénudées aux mains du réseau social. On peut aussi évoquer le filtre de détection des comportements suicidaires sur le réseau récemment mis en avant. Le point commun de toutes ses fonctionnalités : elles sont disponibles partout, sauf en Europe.

Une question de point de vue

« La manière de tout réconcilier, c’est de donner à l’utilisateur plus de contrôle sur ses propres données. Cela renforce la confiance et permet à tout le monde de se développer » poursuit Stephen Deadman cité par les Échos. On comprend aujourd’hui un peu mieux ce que la position de Facebook signifie et il n’y a rien de très nouveau : le réseau social veut prouver que ses technologies, souvent décrites comme intrusives, peuvent être utilisées au contraire pour protéger la vie privée des utilisateurs. Et le réseau social n’oublie pas d’insister, de manière à peine voilée, sur le fait que les réglementations mises en place en Europe l’empêchent malheureusement de mettre en place ces dispositifs au sein de son portail européen.

 

On pourra toujours dire que cette stratégie est un peu grossière et qu’on voit les ficelles du dispositif de très loin, elle pourrait bien fonctionner. Si la mise en place du cadre réglementaire européen manque ses objectifs ou souffre d’un manque de vision, la technologie pourrait facilement offrir des alternatives pour le contourner : on peut ainsi rappeler le développement des technologies de tracking qui se passent allégrement du cookie, afin d’éviter d’avoir à se plier aux règles parfois complexes qui encadrent l’utilisation de ces cookies.

Si la réglementation européenne ne suffit pas, les utilisateurs européens risquent de se retrouver démunis en comparaison des utilisateurs américains, ce qui serait finalement un comble, mais arrangerait les affaires de Facebook. En attendant, le réseau social peut toujours faire passer l’Europe pour un marché hostile à l’innovation, rendue impossible par le cadre réglementaire trop lourd, en entretenant le flou sur ce qui pose problème.

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