Facebook perd du temps d’utilisation, mais pas ses colossales recettes pub

 

De nombreuses incertitudes entourent l’avenir de Facebook, mais une chose est sûre : le PDG Mark Zuckerberg s’attelle à de profonds changements sur la plateforme. Et il tient particulièrement à le faire savoir.

Plus tôt ce mois-ci, le fondateur annonçait une révision radicale du fil d’actualité du réseau social. Facebook mettra bientôt plus l’accent sur les messages de la famille et des amis et moins sur le contenu des marques et des médias.

Soigner la réceptivité à la publicité

Il souhaite également des utilisateurs du site qu’ils décident de ce que Facebook devrait considérer comme des sources d’information de confiance. Ces ajustements, reconnaît-il, pourraient amener les internautes à consacrer moins de temps au service.

A l’occasion de la présentation des derniers résultats trimestriels de Facebook, Zuckerberg a annoncé que les changements effectués au dernier trimestre avaient déjà entraîné une baisse du temps passé sur la plate-forme par la plupart de ses 2,13 milliards d’utilisateurs. Au total, ceux-ci sont restés environ 50 millions d’heures en moins chaque jour sur Facebook, a-t-il évalué.

« Soyons clairs : il est plus important d’aider les gens à se connecter que de maximiser le temps qu’ils passent sur Facebook » a assuré Mark Zuckerberg aux analystes au cours d’une conférence téléphonique. Et ce, d’autant plus facilement que l’impact ne se fait pas sentir sur les recettes engrangées auprès des annonceurs.

Les pleins effets de ces changements sur les activités de Facebook ne se manifesteront pas avant un certain temps. En attendant, les revenus publicitaires de l’entreprise demeurent en plein essor. Facebook a en effet annoncé mercredi 31 janvier un chiffre d’affaires de 12,97 milliards de dollars pour les trois derniers mois de 2017.

Le réseau social dépasse ainsi les estimations de Wall Street, qui tablait sur 12,55 milliards de dollars. La base d’utilisateurs de Facebook a bondi de 14% par rapport aux 1,86 milliard d’utilisateurs affichés l’année dernière à la même période.

 

Une responsabilisation profitable

Le bénéfice était de 1,44 dollar par action, soit moins que les estimations (1,95 $ par action). Facebook a justifié cet écart par une évolution fiscale (la réforme mise en place par l’administration Trump et qui permet à l’entreprise de rapatrier ses bénéfices détenus à l’étranger et d’être imposé à un taux préférentiel). Hors effet fiscal, le bénéfice aurait été de 2,21 dollars par action.

La priorité, sur le plan de la communication, pour Zuckerberg est ailleurs. L’objectif de Facebook, selon son fondateur, évolue. Il ne s’agit plus de montrer aux utilisateurs un contenu significatif, mais désormais d’encourager des interactions plus significatives. Un choix rentable, cela va de soi.

« Nous avons constaté des abus sur notre plateforme – y compris l’interférence d’Etats-nations, la diffusion de fausses informations, sensationnelles et clivantes – et un débat sur l’utilité des réseaux sociaux » déclare-t-il. « Nous avons la responsabilité de bien comprendre comment nos services sont utilisés et de faire tout ce que nous pouvons pour amplifier le bien et prévenir le mal. » Et ce, avant que les autorités ne décident d’imposer des mesures au travers de lois.

Les actions de Facebook ont d’abord chuté de plus de 4% dans les échanges qui ont suivi l’ouverture de la bourse, mais elles se sont redressées par la suite après que le PDG ait expliqué que les changements seraient bénéfiques à Facebook à long terme.

« Si les individus interagissent plus, cela devrait conduire à une communauté plus forte » juge Zuckerberg. Mais surtout, « Lorsque vous vous souciez de quelque chose, vous êtes prêt à voir des publicités pour en faire l’expérience, mais si vous tombez sur une vidéo virale, vous risquez alors d’ignorer la publicité. »

Une année difficile, et d’autres changements

Les résultats financiers seront scrutés au cours de cette année qualifiée de « difficile » pour Facebook par Zuckerberg. Le réseau social est accusé d’avoir créé des « bulles de filtre » qui déforment le sens de la réalité des internautes du fait de l’utilisation d’algorithmes influents et opaques tendant à montrer aux membres de Facebook du contenu avec lequel ils sont déjà d’accord.

Facebook a également été critiqué pour son rôle dans l’élection présidentielle américaine de 2016, au cours de laquelle des agents russes ont détourné Facebook, ainsi que les plateformes rivales Google et Twitter, pour favoriser la désinformation et semer la discorde parmi les Américains.

Après avoir dans un premier temps réfuté toute responsabilité dans le phénomène des fake news, Zuckerberg a annoncé en janvier que son principal objectif pour 2018 serait de « réparer » les plus gros problèmes du site, notamment la désinformation, le harcèlement et l’intégrité du processus électoral.

Une partie de ce plan a consisté à offrir une cure de jouvence au fil d’actualité, qui est essentiellement l’âme de Facebook et son principal moteur financier. Cela passe par un désengagement partiel des actualités et des vidéos virales.

Et selon Zuckerberg, cela pourrait se traduire par une baisse du temps de visite sur Facebook (même si pour le moment, cela s’accompagne aussi d’une hausse du revenu par utilisateur). Le plus grand réseau social au monde se plaît souvent à rappeler le chiffre selon lequel les utilisateurs d’appareils mobiles passent 20% de leur temps sur Facebook. Demain, ce pourrait être moins. L’objectif pour le service sera de maximiser ou optimiser financièrement ce temps de présence.

Plus tôt cette semaine, Zuckerberg annonçait que Facebook pousserait dorénavant les informations de médias locaux, les nouvelles nationales ayant tendance à être plus clivantes.

« Maintenant, je veux être clair : en apportant ces changements, je m’attends à ce que les gens passent moins de temps sur Facebook et que certaines mesures d’engagement diminuent » prévenait-il dans un billet publié sur le site le 12 janvier. « Mais je m’attends aussi à ce que le temps que vous consacrez à Facebook soit plus précieux, et si nous faisons ce qu’il faut, je crois que cela sera bénéfique pour notre communauté et notre entreprise à long terme. »

Mercredi, Zuckerberg a ajouté que les changements du fil d’actualité n’étaient qu’un début. Pour encourager une « interaction significative », le reste de Facebook changera aussi. « Au fil du temps, il y aura de nouveaux produits que nous construirons, de nouvelles interfaces que l’équipe a conçues pour atteindre cet objectif d’émergence d’interactions avec les personnes. »

De la responsabilisation oui, mais mieux encore si celle-ci s’accompagne d’une rentabilité accrue, la véritable (et seule ?) préoccupation des actionnaires et investisseurs.

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