Facebook poursuit sa tournée mondiale du pardon

 

« Pourquoi personne n’a-t-il été licencié pour Cambridge Analytica ? »

C’est par cette question qu’a démarré l’interview de Sheryl Sandberg et Mike Schroepfer à la Code Conference de Recode à Rancho Palos Verdes en Californie. Le duo intervenait après des mois de scandale. Au départ de l’affaire : l’accès par un cabinet de conseil politique en lien avec la campagne de Trump, Cambridge Analytica, à 87 millions de profils Facebook.

Nous avons changé. Encore une fois…

Si Sandberg estime que les dirigeants de l’entreprise sont collectivement responsables du scandale, elle a également repris à son compte le refrain de son PDG, Mark Zuckerberg. Ainsi selon elle, Facebook est lui aussi une victime. « Je ne pense pas que nous étions assez concentrés sur le mauvais (côté) » reconnaît-elle. « Rétrospectivement, cela semble toujours évident. »

La paire ne s’est pas éloignée du refrain composé par son fondateur. Les deux dirigeants ont ainsi répété des informations communiquées deux semaines auparavant sur la façon dont Facebook a mis au point des moyens de détecter les mauvais comportements grâce à l’intelligence artificielle. Ils ont aussi évoqué un changement culturel au sein de l’entreprise afin de prévenir de tels incidents à l’avenir.

« Nous avons fait plus de progrès au cours des six derniers mois que je ne pensais être possible » a assuré Schroepfer. « C’est le plus grand changement culturel auquel j’ai assisté depuis 10 ans. »

La participation de Sandberg et Shroepfer à la conférence Recode est la dernière date de la tournée d’excuse de Facebook pour faire pardonner son rôle dans le scandale et convaincre les utilisateurs qu’il avait changé. Zuckerberg a également comparu devant les régulateurs de l’UE, trois comités au Congrès US et a participé à de nombreux entretiens avec les médias au cours des deux derniers mois.

A chaque apparition, l’entreprise s’est efforcée de faire passer le même message : désolé, ça a dérapé, mais tout ira mieux à présent.

« Nous apprenons de nos erreurs et prenons des mesures » promet ainsi de nouveau Facebook par l’entremise de sa numéro 2, Sheryl Sandberg, visiblement très au fait des stratégies de communication de crise. « Nous sommes aussi très humbles à ce sujet. »

Une question de confiance

Mais la polémique ne porte pas seulement sur la plus grande fuite de données personnelles de l’histoire de Facebook. C’est aussi le manque de réaction de Facebook qui est pointé du doigt. Trois années d’inaction. C’est le temps qui s’est écoulé après que le réseau social ait eu connaissance de l’exploitation des données de ses utilisateurs par Cambridge Analytica – sans compter les différentes critiques émises au cours de l’existence du géant de la publicité.

Alerté des faits, Facebook a simplement demandé au développeur de l’application et à Cambridge Analytica de signer des documents certifiant qu’ils avaient supprimé les données. Il a ensuite cessé de s’en préoccuper et décidé de ne pas en informer les utilisateurs. Facebook a préféré menacer de poursuite les journalistes à l’origine des révélations, avant de devoir se résoudre à reconnaître les faits. Autant d’agissements qui suggèrent le manque de volonté de l’entreprise de remettre en cause ses pratiques ou de sincèrement les condamner.

Le géant de la publicité affirme pourtant désormais le contraire, sans réellement convaincre les autorités devant lesquelles son PDG a été amené à répondre aux questions.

« Les jours où la technologie n’était pas responsable de ce qui se passe sur nos plateformes sont révolus » tient néanmoins à faire passer Schroepfer. Seul le temps le confirmera. Facebook a, à plusieurs reprises, fait des promesses par le passé, sans toujours s’y tenir, tout à sa quête de croissance de ses recettes publicitaires.

Quant à la manière dont Facebook entend regagner la confiance des utilisateurs et des régulateurs, Sandberg déclare que le lancement d’une version sans publicité, en contrepartie d’un abonnement, est toujours en réflexion.

Tout en affirmant que Facebook s’efforce de résoudre les problèmes soulevés par Cambridge Analytica, la dirigeante du géant du Web reconnaît qu’elle ignorera toujours l’ampleur des véritables dommages de ce scandale.

« J’ai appris que nous devions investir davantage pour identifier les menaces. Nous sommes assis ici sachant quels sont les problèmes d’aujourd’hui, nous sentant plus de responsabilités et en sachant que nous devons protéger les gens. »

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