Francis Weill, Eurocloud : « Il faut une stratégie nationale ambitieuse pour le cloud »

Francis Weill, Eurocloud : Il faut une stratégie nationale ambitieuse pour le cloud Le datacenter Equinix P4 près de Paris. © ©2014 Epaillard+Machado – Tous droits réservés/All rights reserved

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Avec un nouveau Président connecté, convaincu que la révolution numérique constitue le fer de lance d’une économie française compétitive et créatrice d’emplois, et une nouvelle Assemblée qui n’a jamais était aussi technophile et ouverte aux changements, la France dispose de deux forces : une base politique solide ; et des fondamentaux économiques et entrepreneuriaux. L’un et l’autre sont essentiels pour stimuler la dynamique française autour du cloud et accompagner ainsi la transformation digitale dont nos entreprises ont tant besoin pour se développer dans le long terme.

Selon l’INSEE, le numérique est aujourd’hui le deuxième secteur économique national avec un chiffre d’affaires de 52 milliards d’euros pour près de 600 000 emplois. A titre de comparaison, l’agriculture, le premier secteur d’activité en France, génère environ 60 milliards d’euros pour 800 000 emplois, dont un quart en CDD. Dans l’industrie numérique, le segment du cloud, encore peu d’acteurs français leaders, ne représente que 15% des 52 milliards d’investissements dans les services informatiques, à égalité avec l’Italie, mais derrière l’Allemagne (18%) et, surtout, le Royaume Uni (25%). (Chiffres Syntec de 2015).

Il ne tient qu’aux décideurs économiques et politiques de changer la donne. La conjoncture actuelle est propice à changer en sorte que le pays devienne un champion des services informatiques en général, et du cloud en particulier. Car la France possède les atouts essentiels dans les domaines des infrastructures et de l’énergie pour devenir un acteur majeur.

Des atouts à faire valoir

La France dispose des infrastructures de communication, nous possédons un réseau de fibre optique largement déployé sur le territoire, de stockage et de calcul, dans des data Centres nombreux et de qualité, essentielles à la constitution du socle des services cloud sur lesquels doivent s’appuyer nos entreprises pour leur transformation digitale.

En termes d’énergie, la France est autonome pour la production de son électricité. Son prix est stable et accessible, et son approvisionnement fiable. Cette situation offre un avantage concurrentiel important aux entreprises en permettant notamment l’alimentation des Data Centers à moindre coût – sachant qu’à un horizon de trois à cinq ans, 50% des coûts d’exploitation des Data Centers seront liés à l’électricité. Toutefois, la France doit être vigilante à ne pas se laisser entraîner dans un déplafonnement de la taxe sur l’électricité qui lui ferait perdre en compétitivité.

A ces deux piliers s’ajoutent des initiatives multiples de soutien à l’innovation. Outre des dispositifs fiscaux comme le CIR, le savoir-faire français en matière d’innovation s’appuie à la fois sur l’excellence des formations et de la recherche (ingénierie, mathématique, informatique), un décloisonnement entre acteurs publics et privés accéléré et une culture de l’entrepreneuriat avec un écosystème de startup bouillonnant.

Besoin d’une stratégie ambitieuse

Toutefois, pour que ces atouts s’expriment pleinement, il faut que les acteurs français du cloud soient soutenus par une stratégie nationale ambitieuse s’inscrivant dans la durée. Et ne pas réitérer l’échec des clouds souverains, comme en son temps celui du plan calcul, dont nous « fêtons » cette année les 50 ans… et travailler avec l’écosystème numérique français existant, comptant des acteurs français du cloud de renom.

Ainsi, pourquoi disposons-nous seulement d’un Secrétariat d’Etat au Numérique comme dans les précédents gouvernements, et non pas d’un Ministre ? Même si, cette fois, le Secrétaire d’Etat au Numérique reporte au Premier Ministre, ce qui est un progrès notable, un ministère à part entière lancerait un signal encore plus fort sur le poids et l’importance que nos dirigeants accordent à la transformation numérique du pays et de nos entreprises.

Il est essentiel d’avoir une projection sur le long terme aux niveaux réglementaire et fiscal afin d’assurer la visibilité nécessaire aux investisseurs et aux entreprises. Pour cela, la mise en place de mécanismes fiscaux et financiers plus incitatifs pour stimuler l’investissement (Entreprises du numérique en zone franche, par exemple), mais aussi la mise en place d’un statut fiscal spécifique pour attirer en France les talents rare ou manquant, seraient pertinents.

Il nous faut travailler ensemble – politiques, industriels, utilisateurs – pour définir une stratégie de transformation digitale de la France sur le long terme. Il faudra ensuite s’y tenir et parcourir l’Europe et le Monde pour faire rayonner l’image de notre pays, attirer chercheurs, start-up, PME et multinationales et créer les emplois nécessaires à la révolution numérique en cours.

Francis Weill, directeur général de Connectis-CMC France, administrateur au sein d’Eurocloud France et membre du comité d’organisation de la Cloud Week Paris Region

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