Géants du Web et « phénomène de confiance et d’ignorance »

 

Dès le début, il a été fait preuve d’une « inattention étonnante » à l’égard des conséquences possibles de l’accumulation « d’énormes quantités de pouvoir » par les géants mondiaux des technologies, considère le coordinateur du Master of Cybersecurity de la faculté de droit de La Trobe.

Sara Smyth, professeure agrégée, juge que si l’on sait que la majorité de l’Internet est contrôlée par un petit nombre de géants technologiques mondiaux, dont les quatre plus influents sont Facebook, Apple, Google et Amazon, il est rare qu’on sache précisément comment ceux-ci opèrent.

Les géants de l’Internet « cultivent des monopoles »

« Ces organisations cultivent des monopoles, elles influencent secrètement notre comportement, elles donnent la préférence à certains types d’information plutôt qu’à d’autres, et elles divulguent secrètement nos informations à d’autres entités » dénonce Smyth.

« Elles l’ont fait pendant de très nombreuses années sans aucune surveillance, aucune transparence ou consentement éclairé, indépendamment de ce qu’elles choisissent de divulguer au public. »

Smyth fait valoir que ces pionniers de l’Internet étouffent l’innovation et nuisent aux petites entreprises en détruisant la concurrence et en utilisant les données personnelles à des fins lucratives, décrivant le penchant de la Silicon Valley pour la création de monopoles et le développement d’un « entrepreneuriat endémique ».

En affirmant que jusqu’à 60% des Américains s’informent au quotidien en naviguant sur Facebook, elle détermine qu’il s’agit d’un « phénomène de confiance et d’ignorance ».

« Rétrospectivement… il est clair à présent que nous avons investi beaucoup trop de confiance dans ces géants de la haute technologie comme Facebook, et que nous leur avons donné trop de pouvoir sur notre économie, sur notre société et sur notre démocratie » conclut l’universitaire.

À la suite du scandale Cambridge Analytica, le public et les gouvernements ont pris conscience des questions de protection de la vie privée et commencent enfin à discuter de la consolidation du pouvoir des géants de la technologie.

Depuis, Mark Zuckerberg, fondateur et PDG de Facebook, a comparu devant près de la moitié du Sénat américain il y a un an, répondant à des questions sur la protection des données et la vie privée ; « le premier véritable débat public sur ces pratiques rampantes de partage et de collecte de données » selon Sara Smyth.

Le laxisme de la protection de la vie privée aux US, un atout concurrentiel

Dernièrement, l’harmonisation et la coopération en matière de lutte contre la cybercriminalité et l’utilisation abusive des données ont également été renforcées, déclare-t-elle, citant en exemple le RGPD européen.

Toutefois, cela signifie aussi que les grandes sociétés privées déménagent tout simplement leur siège social dans des pays où elles peuvent se soustraire à ces lois et règlements.

« Les fournisseurs de services en ligne les plus importants sont basés aux États-Unis, et cela est dû en grande partie au laxisme des lois sur la protection de la vie privée et des données qui ont fait des États-Unis un refuge sûr pour ceux qui veulent fournir une plate-forme prête à accueillir des discours controversés et politiques, et un environnement juridique qui est librement ouvert à la libre expression » affirme Smyth.

Pour André Oboler, directeur général de l’Institut de prévention de la haine en ligne, l’attitude générale aux US a toujours été de se méfier du gouvernement et de le considérer comme ignorant en matière de technologie.

Les entreprises de technologie font souvent preuve de dédain à l’égard des demandes de renseignements du gouvernement parce qu’il n’a pas les connaissances techniques nécessaires pour contribuer à la discussion, ajoute-t-il.

En conséquence, il constate que les sociétés de technologie envoient leurs représentants en relations publiques ou leurs juristes à ces débats consacrés à la régulation. Et ces derniers sont informés qu’il leur suffit d’assurer que « cela ne peut pas être fait« .

Ces discussions portent donc davantage sur le lobbying et la gestion des relations entre les géants de la technologie et les gouvernements que sur la résolution des problèmes de sécurité et de protection de la vie privée, regrette Oboler.

Source : Facebook and the ‘phenomenon of trust and ignorance’: La Trobe

Go to Source


bouton-devis