Google travaille bien sur un moteur de recherche censuré pour la Chine, mais « il sera peut-être jamais lancé »

Google travaille bien sur un moteur de recherche censuré pour la Chine, mais

Google a bel et bien travaillé sur un moteur de recherche censuré qui fonctionnerait en Chine, mais il n’est pas sûr qu’il le lancera un jour, a déclaré Sundar Pichai, le P-dg de Google. S’exprimant lors de la conférence Wired25 au SFJazz Center de San Francisco, il a expliqué que Google avait lancé le programme baptisé Project Dragonfly en interne pour voir ce qui était possible de faire en Chine, un pays avec des lois de censure si strictes que de nombreuses entreprises américaines, dont Google, n’y offrent pas leurs services.

L’entreprise a été ébranlée par des fuites autour de ce projet, huit ans après s’être retirée de Chine pour des questions de censure. À l’époque Sergey Brin, cofondateur de Google qui a grandi en Union soviétique, avait évoqué le « totalitarisme » de la politique chinoise.

Ce nouveau projet de recherche a également suscité des critiques au sein même de l’entreprise. Une poignée d’employés auraient démissionné à cause de cette initiative. Et environ 1.000 salariés ont signé une lettre ouverte demandant à l’entreprise de faire preuve de transparence au sujet du projet et de créer un processus d’examen éthique qui associerait tous les employés et pas seulement les cadres supérieurs.

 

Le projet Dragonfly confirmé 

Google s’est montré peu dissert sur le projet Dragonfly. Toutefois, le mois dernier, Keith Enright, responsable de la protection de la vie privée de Google, a confirmé son existence lors d’une audience devant le Comité sénatorial du commerce mais n’a pas voulu s’étendre sur le sujet.

Les commentaires de Sundar Pichai à Wired25 sont les premières déclarations publiques du dirigeant de Google à ce sujet. Il a expliqué que Google « établit constamment un équilibre entre nos valeurs de fournir aux utilisateurs l’accès à l’information, la liberté d’expression et la protection de la vie privée. Mais nous respectons la loi dans chaque pays ». Il a reconnu que la Chine était un défi particulier. « C’est la raison pour laquelle nous avons réalisé le projet en interne. Nous voulions savoir à quoi ça ressemblerait si Google était en Chine. »

A l’issue de cette phase expérimentale, Google a constaté qu’il serait « en mesure de répondre à plus de 99 % des requêtes », a expliqué Sundar Pichai. « Il y a beaucoup, beaucoup de domaines où nous pourrions fournir des informations meilleures que ce qui est disponible » , estime-t-il.

Sundar Pichai bientôt devant le Congrès US

Mais il ajoute que Google veut « l’équilibrer (le moteur de recherche, ndlr) avec ce que seraient les conditions. C’est encore tôt. Nous ne savons pas si nous le ferions ou si nous pourrions le faire en Chine, mais nous avons pensé qu’il était important pour nous d’explorer… étant donné l’importance du marché et le nombre d’utilisateurs. »

Cette communication de Sundar Pichai à Wired25 intervient alors que Google, qui vient de fêter ses 20 ans, est confronté à certains des plus grands défis de son histoire. Google et Sundar Pichai ont récemment fait l’objet d’un examen minutieux, en particulier de la part des autorités américaines. Le mois dernier, Sheryl Sandberg, directrice d’exploitation de Facebook, et Jack Dorsey, P-dg de Twitter, ont témoigné devant le Sénat au sujet de la sécurité des élections, de la désinformation et des distorsions perçues dans les algorithmes des entreprises. Larry Page, P-dg d’Alphabet, la maison-mère de Google et Sundar Pichai ont été invités, mais tous deux ont décliné, ce qui a suscité la colère chez des législateurs. Mais Sundar Pichai devrait être auditionné par le Congrès le mois prochain, après les élections de mi-mandat.

Google a également été accusé de partialité politique. En août, le président Donald Trump a tweeté que les résultats de recherche de Google étaient « truqués », affirmant que la société « supprime les voix des conservateurs ». Il a également posté sur Twitter une vidéo affirmant que Google avait fait la promotion des discours sur l’état de l’Union de l’ancien président Barack Obama en janvier de chaque année, mais pas des siens. Google a réfuté ces allégations, assurant que sa page d’accueil avait fait la promotion du discours de Trump en janvier. Le géant du web a également expliqué qu’il n’avait pas fait la promotion de l’allocution des présidents Trump et Obama dès leurs premières années au pouvoir parce que ces discours ne sont pas techniquement considérés comme des discours sur l’état de l’Union. Une capture d’écran de l’Internet Archive, qui garde une trace de ce qui apparaît sur les domaines web, accrédite l’explication de Google.

Collaboration avec le ministère de la Défense

Une autre controverse est la décision de Google plus tôt ce mois-ci de se retirer d’un appel d’offres pour un contrat de 10 milliards de dollars du Pentagone suite aux protestations des employés. L’entreprise a déclaré que le projet pourrait entrer en conflit avec ses principes d’utilisation éthique de l’intelligence artificielle. Sundar Pichai a déclaré que Google prévoit de continuer à travailler avec le ministère de la Défense, mais pas quand il s’agit de l’utilisation de l’intelligence artificielle pour les armes autonomes. Il a souligné que les employés de Google ne sont pas les seuls à s’inquiéter de cette utilisation.

« Une fois que nous avons commencé à travailler sur l’IA, nous avons mesuré la différence avec les autres domaines sur lesquels nous avions travaillé. Nous nous sommes engagés à respecter un ensemble de principes en matière d’intelligence artificielle, nous avons en quelque sorte formulé nos objectifs quant à la façon dont nous allions le faire…. et des choses qu’on ne ferait pas… C’est quelque chose qui va évoluer avec le temps, mais nous devons le prendre très, très au sérieux. »

Selon lui, bien que Google soit devenu une entreprise beaucoup plus grande qu’il y a 20 ans, elle a toujours les mêmes valeurs. Mais le fait de servir un si grand nombre d’utilisateurs « s’accompagne d’un sens des responsabilités ».

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