Info ou intox ? Facebook se dérobe à ses responsabilités

 

L’homme qui s’est fixé comme mission cette année de réparer Facebook préférerait que vous le fassiez à sa place. Vous tous. Tous vous êtes susceptibles d’être dérangés pour répondre à des enquêtes sur Facebook.

C’est le remède offert par le PDG Mark Zuckerberg pour déterminer parmi les médias ceux pouvant être qualifiés de sources d’information fiables.

Les experts pas objectifs, les utilisateurs oui

Zuckerberg a déclaré que pour combattre le « sensationnalisme, la désinformation et la polarisation », Facebook glisserait quelques questions sur les sources médiatiques dans ses enquêtes qualité.

Facebook vous posera des questions pour savoir si vous pensez qu’une publication donnée est digne de confiance, puis examinera toutes les données recueillies auprès des répondants. L’idée est bonne, n’est-ce pas ?

Certains diront que le Daily Anarchist est une bonne source de confiance. D’autres mettront à l’honneur le Marteau et la Faucille Express.

Zuckerberg espère, cependant, que tous ceux qui répondront trouveront au moins une ou deux publications de « l’autre bord » dignes de confiance. Un bel espoir.

Les extrémistes répondront-ils plus volontiers à ces enquêtes que des individus un peu plus modérés et raisonnables ? Vous savez, ceux lassés des absurdités du monde actuel et qui aimeraient que la santé mentale revienne enfin de congés.

Zuckerberg préfère céder sa responsabilité à la soi-disant communauté Facebook car l’entreprise elle-même estime ne pas avoir à prendre de position significative. Or beaucoup de ceux qui le considèrent comme une plate-forme média estiment que le service devrait agir en ce sens.

« Nous avons décidé qu’il serait plus objectif que la communauté détermine quelles sources sont généralement fiables » écrit Zuckerberg dans son post sur Facebook.

Facebook évite de prendre position

La même communauté qui a manifestement été trompée par un certain nombre de fausses actualités rédigées par les Russes lors des élections.

Cela mis à part, une phrase de l’explication avancée par Zuckerberg pour justifier cette décision pourrait ne pas échapper au test de fiabilité d’un certain nombre d’internautes.

« Nous avons envisagé de demander à des experts externes de prendre la décision pour nous, mais cela ne résoudrait probablement pas le problème de l’objectivité » juge M. Zuckerberg.

Il est curieux de voir que certains choisissent de dénigrer des experts à une époque où l’expertise est de plus en plus critiquée. Par le gouvernement américain, par exemple. Les experts qui affirment que le changement climatique est réel sont ainsi considérés comme des alarmistes.

Et voici que Zuckerberg déclare que Facebook aurait pu nommer un groupe d’experts dotés d’une connaissance réelle de ces trucs de désinformation. Mais non. Poser la question à quiconque voudra bien répondre à ses enquêtes ferait mieux l’affaire.

Facebook insiste sur l’authenticité de sa « communauté ». Mais les guillemets s’imposent. Rien ne permet de croire qu’une telle communauté existe. La présence d’un nombre considérable d’utilisateurs ne signifie pas que ceux-ci soient liés à autre chose qu’aux petits groupes dans lesquels ils passent leur temps sur Facebook.

Pourtant, Facebook a souvent préféré se défausser d’une décision sur cette « communauté ». Cela permet à l’entreprise d’éviter d’engager sa responsabilité lors des décisions importantes. Et, oh, c’est aussi moins cher.

Une communauté, mais laquelle ?

En 2016, par exemple, Facebook a décidé que la « communauté » devrait déterminer quels événements justifient la mobilisation de son système de vérification de sécurité. La société a également déclaré qu’elle compte sur ses utilisateurs pour l’aider à décider ce qui devrait et ne devrait pas être considéré comme un discours haineux.

Dans ce dernier cas, cependant, le site affirme apprendre des experts, ainsi que de la communauté.

Il est donc curieux de ne pas croire que les experts peuvent être objectifs lorsqu’il s’agit de déterminer quelles sources d’informations sont de la foutaise.

À un moment où les opinions sont de plus en plus polarisées – en partie à cause de la désinformation dont les internautes sont nourris de tous les côtés -, Facebook considère que ces mêmes individus sont les meilleurs dépositaires de l’objectivité.

C’est incontestablement plus facile que, par exemple, déterminer les critères des utilisateurs pour distinguer information et désinformation, de publier ces critères et ensuite d’engager un panel d’experts ou de sages s’assurant qu’ils soient respectés. Il est cependant peu probable que cela se produise. Facebook devrait alors prendre une position.

Article « Facebook shirks responsibility, says experts can’t be trusted » traduit et adapté par Christophe Auffray, ZDNet.fr

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