L’acquisition de Red Hat va-t-elle sauver IBM dans le cloud ?

Cette semaine, IBM a finalisé le rachat de Red Hat. Avec cette méga opération à 34 milliards de dollars, la plus chère de son histoire, le vétéran américain informatique devient le numéro un mondial des services de logiciels open source. Il entend en faire le fer de lance de ses nouvelles ambitions dans le cloud, car Red Hat est un contributeur majeur à OpenStack, la plateforme open source de construction et gestion de cloud. Ses attentes vont-elles être exaucées ? Certains analystes en doutent.

Retard dans le cloud public

IBM a choisi de se concentrer sur le cloud privé et hybride, un segment dont il est le leader mondial incontesté selon le cabinet Synergy Research, devant des concurrents comme le japonais Fujitsu, l’allemand T-Systems ou le français Orange. En 2018, il affiche un chiffre d’affaires dans l’informatique à la demande de 11,3 milliards de dollars, en croissance de 21,5%. Ce qui le place troisième mondial dans le cloud, tous segments confondus, derrière Microsoft (32,2 milliards de dollars) et Amazon (25,6 milliards de dollars) selon L’Usine Nouvelle. Pas mal.

Seulement voilà : IBM progresse deux fois moins vite que l’ensemble du marché et quatre à cinq fois moins vite que Microsoft, Google ou Alibaba. En cause : sa faiblesse dans le cloud public, le segment de marché le plus dynamique du cloud. Un retard que le rachat en 2012 de Softlayer pour 2 milliards de dollars n’a pas réussi à combler. L’acquisition de Red Hat va-t-elle faire mieux cette fois-ci?

Sur le blog boursier Seeking Alpha, l’analyste Crispus Nyaga considère l’opération comme une erreur. Il n’hésite pas à la comparer au rachat de l’éditeur britannique de logiciels Autonomy par HP en 2011 pour 11,7 milliards de dollars. Une acquisition qui s’est révélée être un immense désastre tellement les résultats étaient en dessous des attentes. Selon Crispus Nyaga, IBM risque de subir le même sort car il racheté Red Hat par désespoir à un prix trop élevé qui porte l’endettement du groupe à 71 milliards de dollars. « Les choses vont mal se terminer », prévoit-il.

IBM handicapé par son statut de vieille garde

Et qu’en sera-t-il de la position d’IBM dans le cloud ? Selon la direction, les grandes entreprises n’en sont aujourd’hui qu’à 20% de leur migration. Le gros de la transition portant notamment sur les applications critiques reste à venir. La situation s’annonce d’autant plus complexe à gérer que la tendance est au multicloud combinant les services de plusieurs fournisseurs de services cloud. IBM s’estime le mieux place pour accompagner les entreprises dans cette phase complexe. Avec Red Hat, il brandit l’atout d’une approche ouverte, basée sur l’open source.

Mais selon Crispus Nyaga, IBM est structurellement handicapé par son statut de représentant de la vieille garde high-tech. En Bourse, il fait moins bien que ses pairs Microsoft, Oracle ou Cisco Systems. Dans le cloud, il a beau mettre les gros moyens, il manquera toujours de modernité et pouvoir d’attraction par rapport aux géants de l’internet. C’est cela qui pousse des sociétés comme Netflix, Spotify ou Etsy à aller chez Amazon, Microsoft ou Google.

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