Laure de La Raudière, députée d’Eure-et-Loir : « Je ne peux pas imaginer que le monde de demain soit conçu et codé par 90% d’hommes »

A l’occasion de la Journée de la femme digitale, le 17 avril, Le Monde informatique dresse le portrait de femmes travaillant dans l’IT. Aujourd’hui Laure de La Raudière, députée Agir La Droite constructive d’Eure-et-Loir, insiste sur l’importance de faire réfléchir les entreprises IT aux raisons pour lesquelles elles ne recrutent pas assez de femmes.

Laure de La Raudière s’engage en politique en 2007. Députée de la troisième circonscription de l’Eure-et-Loir depuis cette date, elle a vu passer trois présidents différents. (Crédit : Alexia Perchant pour LMI)

C’est le troisième quinquennat qu’elle entame comme députée. Elue pour la première fois en juin 2007, après l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, dans la troisième circonscription d’Eure-et-Loir, Laure de La Raudière a commencé une troisième mandature à l’issue des dernières législatives de juin 2017. Et du côté de l’Assemblée nationale, selon la députée Agir La Droite constructive, c’est maintenant le changement.

420 nouveaux députés par rapport au précédent quinquennat, dont 200 qui n’avaient jamais fait de politique. « Il y a beaucoup plus de gens qui viennent de l’entreprise, beaucoup plus d’ingénieurs, de scientifiques et la démarche intellectuelle est différente. Donc ça donne un hémicycle d’abord plus représentatif de la population française et deuxièmement avec des débats qui vont être plus contradictoires » estime la députée qui avoue se sentir plus à l’aise dans ce nouvel environnement.

(Crédit : Alexia Perchant pour LMI)

Car Laure de La Raudière est ingénieure de profession. Dans les télécommunications. Alors qu’elle rêvait de devenir agricultrice et qu’elle entre en prépa bio, son père lui conseille de tenter de rentrer à l’ENS car tout ce qu’elle voulait faire en sortant d’une formation agroalimentaire, elle pourrait le faire avec Normale sup, selon lui. « Ce n’est pas tout à fait vrai mais bon je l’ai cru » s’amuse la députée. Et une fois l’ENS intégré, elle s’éloigne de l’agriculture pour rejoindre le corps des télécoms à la fin des années 80. « J’ai choisi ce corps parce que déjà à l’époque c’était un secteur qui bougeait. Il y avait des produits nouveaux régulièrement. On n’imaginait pas le centième de ce qu’on fait aujourd’hui mais il y avait des promesses d’innovations importantes ».

Diplômes en poche, la future députée commence sa carrière professionnelle chez France Télécom. Elle y reste trois ans et quitte la fonction publique en 2001, alors qu’elle dirigeait la filiale de l’entreprise en Eure-et-Loire. « J’ai voulu aller voir comment ça se passait dans le privé » confie-t-elle. Elle s’associe donc à une start-up développant un logiciel d’analyse de données à partir d’algorithmes d’intelligence artificielle. « Mais bon c’était en 2002, c’était avant que ce soit à la mode. Les algorithmes fonctionnaient très bien mais nous n’avions pas la technologie du big data et le nombre infini de données pour réaliser l’apprentissage des algorithmes. Et les gens n’y croyaient pas parce que c’était presque trop magique pour eux à l’époque » explique l’ingénieure qui en sourit aujourd’hui.

53,32% au 2nd tour des législatives 2007

Cela a amené Laure de La Raudière à créer sa propre entreprise de conseil en réseaux, télécommunications et infrastructures auprès des grands groupes en 2003. Entreprise qu’elle continuera à diriger jusqu’en 2010. Mais en 2006, la chef d’entreprise reçoit la visite du président du Conseil départemental d’Eure-et-Loire qui lui propose de devenir députée. Sa circonscription était alors à gauche et Laure de La Raudière avait des affinités plutôt à droite, elle se lance donc en campagne. « J’y suis allée pour plusieurs raisons. Je pense que j’ai un sens de l’engagement au fond de moi et faire de la politique c’est un engagement au service des citoyens. Il faut aimer les gens. Si je n’avais pas fait de la politique j’aurais peut-être fait du syndicalisme professionnel. » La candidate UMP (LR aujourd’hui) était également curieuse de découvrir ce milieu qu’elle ne connaissait absolument pas. Personne dans sa famille n’a déjà adhéré à un parti. « On me donnait l’opportunité d’aller voir de l’intérieur comment ça se passait si je remportais l’élection. » Résultat : Laure de La Raudière est élue au second tour à 53,32% des voix. Elle a réalisé son meilleur résultat l’année dernière en remportant 56,1% des suffrages au second tour, toujours sous la bannière LR, qu’elle a depuis boudé pour rejoindre le mouvement Agir, la droite constructive.

(Crédit : Alexia Perchant pour LMI)

Ce qui la surprend le plus en arrivant dans ce milieu, en tant que chef d’entreprise, c’est la priorité donnée à la communication. « En politique, disons que la communication compte énormément et qu’on peut rester longtemps en place sans nécessairement avoir des résultats. Ca m’a beaucoup choqué au début. Et c’est toujours très choquant. »

De « vrais changements » sur le numérique

Depuis bientôt un an de présidence Macron, la députée d’Eure-et-Loir a constaté aussi un vrai changement par rapport aux enjeux du numérique. « Il y a une vraie différence au niveau du gouvernement avec pour la première fois, objectivement, un chef d’Etat qui prend le sujet du numérique comme étant un sujet d’avenir de société dans son ensemble. Avec des enjeux en matière d’éducation, de santé, de relations des citoyens avec l’administration, d’économie bien sûr, de sécurité et qui les appréhende dans leur ensemble. Alors qu’avant le numérique en France ça servait aux chefs d’Etat et aux politiques quelquefois à faire des coups de com » lâche la députée.

Le fait que de nouveaux élus soient plus compétents sur ces sujets, plus nombreux et de sensibilités politiques différentes facilite les accords transpartisans selon Laure de La Raudière. Elle a apprécié notamment l’intervention d’Emmanuel Macron suite à la publication du rapport de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle. « J’ai été très heureuse que le président de la République puisse tenir ce discours là pour les Français. Enfin il y a un écho au niveau du chef de l’Etat sur ces sujets. Il était temps. Parce que la France est attendue au niveau européen sur sa capacité à projeter sa vision pour l’avenir. Et sur ces enjeux numériques on a une compétition mondiale. Je n’ai pas envie que l’ensemble des fonctionnements de notre société soient aux mains des Chinois et des Américains » martèle l’élue.

(Crédit : Alexia Perchant pour LMI)

Cet intérêt porté sur les enjeux du numérique amène également les politiques à se questionner aussi sur la place de la femme dans ce secteur. Si Laure de La Raudière estime que ce milieu n’est pas plus sexiste qu’un autre, elle souhaite cependant que des actions soient menées dans l’éducation pour promouvoir ces métiers. La réforme du bac en préparation va y contribuer selon la députée. « C’est un message qu’entendent les parents dans le choix que doivent faire leurs enfants post bac. »

Pour Laure de La Raudière, les « humanités numériques » évoqués dans le projet de réforme du lycée sont importantes. « Moi je militais pour que ce cours soit mis en place dès la sixième. Symboliquement à la place du cours de technologie. Je sais que je vais me faire des ennemis parmi les professeurs de techno, mais bientôt tout métier sera piloté par l’informatique et le numérique. Il est donc essentiel que tous les enfants et les collégiens soient formés à ça parce qu’à la fin de la troisième, il y a une première orientation. »

« Instinctivement il y a un entre-soi qui se crée »

Ces projets et le travail de vulgarisation réalisé par le politique peuvent permettre d’amener les jeunes filles à avoir envie de travailler dans l’informatique selon l’élue de droite. En plus des fameux rôles modèles évoqués par toutes nos interlocutrices. Toutes les actions qui permettent de parler de ces métiers et de la place de la femme dans ce secteur permettent aux acteurs de se rendre compte de leurs travers de recrutement, etc. Car selon Laure de La Raudière, « il n’y a pas une volonté de discrimination des femmes dans ce milieu là, je ne pense pas. Mais instinctivement il y a un entre-soi qui se crée. Et cet entre-soi exclut les femmes ». De son côté, la députée s’est elle-même posée la question puisque jusqu’à maintenant elle n’a eu que des assistantes. « Il y a une habitude qui se crée, c’est presque inconscient. »

Donc le fait d’en parler, va pouvoir pousser les recruteurs à réfléchir à leurs méthodes de recrutement. « Après c’est à eux de choisir, il ne faut pas mettre ça dans la loi, on a une liberté d’entreprendre en France, c’est une grande chance, il faut la laisser » tempère la députée.

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