Le marché de Qwant ? "La recherche dans un environnement de vie privée"

Le poucet qui s’attaque au géant, le scénario a de quoi susciter la curiosité, sinon l’intérêt. Qwant, le moteur de recherche franco-allemand (Axel Springer détient 20% du capital), bénéficie donc d’une certaine visibilité.

De nombreux journalistes avaient fait le déplacement ce matin pour assister à la conférence de presse de la société. Et pourtant, le moteur ne représenterait en France que 1% du marché de la recherche, ultra-dominé par Google.

Microsoft fait toujours mieux avec Bing. Mais l’éditeur réalise des milliards de dollars de bénéfices chaque année et se mesure à Google depuis des années, sans n’avoir jamais pu l’ébranler. Qwant n’ébranle pas plus la firme de Mountain View, mais son modèle est différent.

Services : « Ce n’est pas Qwant qui se met par-dessus les autres »

Comme DuckDuckGo, il propose un service de recherche n’exploitant pas les données personnelles des internautes.

« Nous avons notre propre marché. D’abord vous avez celui de la recherche, mais aussi celui de la vie privée. Et le marché de Qwant, c’est celui de la recherche dans un environnement de vie privée. Notre but, c’est d’être le numéro un en Europe sur ce marché, mais c’est aussi, nous n’allons pas nous en cacher, de prendre 5 à 10% de l’autre marché » déclare Eric Léandri, le cofondateur.

L’autre marché donc, c’est celui de Google, aussi appelé GG (prononcez « gégé »). La vie privée est certes un argument, mais les dirigeants de Qwant reconnaissent que cela ne peut suffire pour convaincre les internautes.

« Vous pouvez chercher toute la journée, sur votre mobile et online, avec le même niveau de résultats pour 95% des choses que vous recherchez » assure Eric Léandri. Et si des utilisateurs peuvent être décontenancés parfois par les résultats affichés par le moteur, c’est car ceux-ci ne seront pas fonction de recherches passées comme sur Google.

Qwant, c’est en quelque sorte ce qu’était Google au départ, est-il suggéré. Pour autant, le modèle plateforme de Google (et des autres) inspire l’acteur français. Qwant veut créer sa propre plateforme en intégrant de nouveaux services, principalement sur la base de partenariats. 

Un webmail Qwant qui ne lira pas vos messages

Après Qwant Music a été annoncé ce matin Qwant Culture. Le service s’appuie sur des partenariats avec Atout France et Universalis, mais également avec plusieurs festivals majeurs, dont ceux d’Avignon et d’Aix. Qwant Cinéma a aussi été officialisé pour chercher et réserver ses billets de ciné.

« Vous pouvez payer en ligne, utiliser vos cartes de cinéma… Ce n’est pas Qwant qui se met par-dessus les autres, mais Qwant en partenariat avec tous les autres » souligne le cofondateur. Un service de plus donc, même si oui celui-ci n’a en 2016 rien de neuf.

Qwant se rêverait-il en portail façon Yahoo ? Non, mais comme une plateforme ou un ensemble de services agrégés autour de la recherche, le produit central. Google lui-même s’est construit ainsi. Mais l’éditeur ne disposant pas des moyens du géant américain et attaché à sa différenciation privilégie donc les associations.

Qwant se dote ainsi d’un webmail, une « demande des utilisateurs ». Pour cela, il s’associe à Open X. Qwant sera le moteur par défaut de cette messagerie « pour faire des recherches non pistées (…) Nous n’allons pas retenir ce que vous recherchez et ce que vous écrivez dans vos emails ». Contrairement à Google.

Pour la cartographie, l’utilisateur pourra effectuer des recherches via un service Map et Earth sans que ses données personnelles ne soient collectées. Pour le stockage de données, Qwant s’associe à Cosy Cloud.

Mais le principal partenariat officialisé, c’est incontestablement celui conclu avec Mozilla. L’accord prend notamment la forme d’une version spécifique de Firefox intégrant Qwant comme outil de recherche et une fonction de protection contre le tracking : Firefox for Qwant. Les dirigeants mettent en avant les valeurs partagées avec Mozilla.

Firefox for Qwant : le moteur doit d’abord faire ses preuves

Ce partage s’étendra toutefois au-delà des valeurs avec du partage de revenus. Mais attention, rien à voir les contrats signés avec Yahoo aux US ou Yandex en Russie, assure-t-on. « Nous sommes les premiers à avoir un accord basé sur des valeurs et non sur le chéquier. »

Toutefois, les modalités du contrat sont aussi bien différentes. Yahoo est le moteur par défaut de Firefox aux Etats-Unis. Qwant n’accède pas à ce statut en France. Aux utilisateurs de télécharger d’abord Firefox for Qwant. Et si l’adoption est au rendez-vous, peut-être prendra-t-il du galon en Europe.

« Si vous téléchargez beaucoup, si vous nous utilisez beaucoup, si vous utilisez le plugin, si vous le faites en France, en Allemagne et en Italie… à chaque fois que cela dépasse un seuil, nous entrons dans la liste des moteurs » précise Eric Léandri. En clair, Qwant doit faire ses preuves pour ensuite, éventuellement, figurer dans la liste des moteurs accessibles dans Firefox.

Ce partenariat permet néanmoins à Qwant de bénéficier de la marque Firefox. Ce n’est pas rien. A lui ensuite d’encourager les téléchargements. La tâche sera nécessairement complexe même si en France le navigateur de Mozilla est second avec 23% de part de marché… mais loin derrière Chrome (50,54%).

Sur smartphone, Google et Apple verrouillent la recherche

Pour Qwant, cela reste cependant un coup de pouce. Et Mozilla lui en donne un second dans le secteur du mobile en intégrant le moteur dans ses apps Firefox pour Android et iOS. « Cela nous permet de sortir l’app Qwant ». L’appli s’avère être un Firefox avec Qwant par défaut.

« Nous ne pouvons toujours pas le faire dans Chrome qui ne propose que trois choix : GG, Bing et Yahoo. Et dans Safari, vous n’avez que quatre choix : GG, Bing, Yahoo et DuckDuckGo… C’est Yahoo qui a payé » rappelle Eric Léandri.

Pour pousser les mobinautes à utiliser son moteur, Qwant doit donc les convaincre dans le même temps de changer de navigateur. C’est ambitieux, d’autant que sur smartphone, Chrome et Safari règnent sans partage. Firefox y est pratiquement invisible.

L’app Qwant devrait donc d’abord séduire les utilisateurs existants du moteur de recherche désireux d’en faire usage aussi sur leurs mobiles et plus seulement sur desktop. Pour convaincre d’autres personnes, l’éditeur français met en avant une solution permettant de « gérer toute votre vie privée puisqu’elle va enlever vos cookies si vous activez la protection complète. » Qwant a bien conscience des limites du modèle.

« On espère pour le reste que la Commission européenne va continuer à essayer de faire que l’ensemble des moteurs, et pas seulement nous, puisse être installé dans les autres navigateurs sur mobile. C’est quand même incroyable aujourd’hui sur mobile de ne rien pouvoir installer d’autre que ce qu’ils ont défini eux » insiste Eric Léandri.

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