Le Ministère de la Culture et l'Afnor veulent normaliser un clavier français "complet"

Trente cinq ans. Trente cinq ans après le lancement par IBM du PC, le Ministère de la Culture s’intéresse officiellement au cas du clavier « Azerty », tout au moins à ses insuffisances. « Selon le système d’exploitation que l’on utilise et selon le fabricant du clavier, certaines touches ne sont pas disposées au même endroit, ou alors, elles ne sont pas disponibles » explique la Délégation générale à la langue française et aux langues de France.

Ce qui entraîne des difficultés dactylographiques telles que l’usage des caractères accentués, en particulier des caractères accentués en majuscule, ou l’usage des guillemets en doubles chevrons. Cela pose aussi problème pour la frappe des deux ligatures du français que sont les « æ » et « œ » et leurs équivalents en capitales « Æ » et « Œ ».

« Il est dès lors presque impossible d’écrire en français correctement avec un clavier commercialisé en France », expliquent les fonctionnaires du Ministère. Cela peut paraître anodin, mais l’impossibilité d’accentuer simplement les majuscules n’est pas sans conséquences sur le sens des phrases. Et la délégation de donner quelques exemples : GISCARD CHAHUTE A L’ASSEMBLEE signifie-t-il un improbable relâchement présidentiel au Palais Bourbon, ou plutôt un accueil vigoureux des parlementaires au monarque républicain (Giscard chahuté à l’assemblée) ? INTERNE A L’HOPITAL est-il le signe d’une formation en cours ou le plus malheureux constat d’un enfermement (Interné à l’hôpital).

Carences du clavier AZERTY : le réveil tardif du Ministère

Le moins que l’on puisse dire est que l’État aura pris son temps pour se rendre à l’évidence. Comme l’explique lui-même le Ministère de la culture, la disposition des claviers « Azerty », qui tire son nom des six premières touches alphabétiques du clavier, est une variante de la disposition « Qwerty » utilisée dans la plupart des pays du monde. Le Qwerty a été breveté en 1868 par le fabricant de machines à écrire Sholes and Glidden, puis revendu à Remington, le géant du secteur en 1873. Son principal avantage était alors d’éviter les risques de blocage des marteaux de frappe des machines.

Depuis, l’ordinateur a relégué les machines à écrire mécaniques au rang d’antiquités, mais le Qwerty et l’Azerty ont survécu en l’état. Et faute d’une norme claire, les fabricants d’ordinateurs et les éditeurs de systèmes d’exploitation ont fait comme ils pouvaient.

Avec 35 ans de retard, le Ministère de la culture veut donc amender la disposition actuelle des claviers Azerty pour donner naissance à une norme française de clavier « complet » – incluant le support des caractères accentués majuscule, ainsi que celui des ligatures, pour ne citer qu’eux.

Un futur standard Afnor qui pourrait être utilisé dans les appels d’offres publics

Un groupe de normalisation a donc été formé à l’Afnor pour spécifier une définition de clavier complet permettant d’accéder simplement à l’ensemble de la palette des caractères français. L’idée du Ministère est qu’une fois un standard défini, celui-ci pourra être mentionné dans les appels d’offres publics afin de contraindre les constructeurs et les éditeurs à faire évoluer leur offre.

On remarquera que l’Afnor semble avoir développé une passion bien française pour les claviers. L’organisme de normalisation a initié dès 1984, les travaux qui ont donné naissance à la norme ISO/IEC 9995, qui définit le format et le fonctionnement des claviers modernes. La proposition de norme a été soumise à l’ISO en 1985 par Yves Neuville, Chef du département innovation et technologies nouvelles, puis inspecteur général de l’Éducation Nationale – il est aujourd’hui Maître de conférences à l’Université René Descartes (Paris V). Seul souci, cette norme spécifie à peu près tout sur le fonctionnement d’un clavier… sauf la disposition des touches elles-mêmes.

La balle est de nouveau dans le camp de l’Afnor pour amender le clavier AZERTY et permettre enfin « d’écrire en français correctement avec un clavier commercialisé en France ». L’histoire ne dit toutefois pas comment le Ministère de la Culture entend corriger les insuffisances grandissantes des utilisateurs dudit clavier (y compris bien sûr celle de l’auteur). Mais ceci est une toute autre histoire.