Les dérives du couple infernal Big data et politique

 

L’autorité britannique de protection des données a bouclé une enquête de près de 18 mois sur la manière dont les campagnes politiques utilisent les données personnelles collectées sur Internet pour cibler les électeurs. Et l’implication de différents acteurs est mise en lumière.

Dans un rapport d’enquête de 112 pages, publié le 6 novembre, le bureau du commissaire britannique à l’information a expliqué comment les campagnes politiques achetaient des listes marketing et d’autres informations sur le mode de vie des consommateurs à des courtiers en données « sans vérification préalable suffisante » et avec peu de la protection des consommateurs.

Un « mépris inquiétant pour la vie privée des électeurs »

« Nous avons découvert un mépris inquiétant pour la vie privée des électeurs » écrit la commissaire britannique à l’information, Elizabeth Denham, dans le rapport, intégralement publié ci-dessous. « Les plateformes de réseaux sociaux, les partis politiques, les courtiers en données et les agences de référence en crédit ont commencé à remettre en question leurs propres processus, ce qui a provoqué des répercussions sur l’écosystème du Big Data. »

L’agence a identifié 172 organisations impliquées dans le commerce de données, dont 30 sont au centre de ce rapport. Le bureau du commissaire a également saisi 85 équipements, dont des serveurs, 22 documents et 700 téraoctets de données, ce qui représente environ 52,5 milliards de pages.

Les enquêteurs ont audité Cambridge University et son centre psychométrique concernant le fonctionnement de la société, épinglée l’année dernière dans un scandale autour de l’utilisation des données d’électeurs dans le cadre des élections présidentielles américaines de 2016.

La commission de l’information a également examiné les campagnes et les courtiers en données impliqués dans la promotion du Brexit en 2016. Des sanctions financières pourraient être prononcées au terme de cette enquête, comme contre Facebook, déjà condamné à hauteur de 560.000 euros, mais aussi de Emma’s Diary, Eldon Insurance et Leave.EU.

L’agence a également envoyé onze lettres d’avertissement aux principaux partis politiques, publié des avis d’évaluation de sociétés de crédit telles que Experian et Equifax, et mis en garde les courtiers en données tels que Acxiom et le groupe GB concernant de futurs audits. Des entreprises telles que SCLE Elections et AiQ doivent également cesser de traiter les données des citoyens britanniques.

L’électeur, une cible publicitaire comme les autres ?

« La confiance dans l’intégrité de nos processus démocratiques risque d’être perturbée, car le citoyen moyen n’a aucune idée de ce qui se passe en coulisses » souligne Denham dans un article de blog. « Cela doit changer. Les gens ne peuvent faire de choix véritablement informés concernant leur vote que s’ils sont sûrs que ces décisions n’ont pas été indûment influencées. »

Et si depuis, les géants des services en ligne ne nient plus le problème et communiquent régulièrement sur les mesures prises et leurs résultats, ces démarches ne suffiront pas. « Bien que les initiatives volontaires des plateformes de réseaux sociaux soient les bienvenues, une approche d’autorégulation ne garantira pas la cohérence, la rigueur ni la confiance du public » prévient l’ICO. A condition que les politiques réagissent également, notamment pour réguler certaines pratiques lorsque cela s’avère nécessaire.

« Les évolutions sociales et technologiques rapides dans l’utilisation du big data et des réseaux sociaux ont fondamentalement changé la manière dont les campagnes modernes sont menées. Les partis politiques et les groupes de campagne utilisent de plus en plus des informations personnelles et de nouvelles techniques de micro-ciblage en ligne pour adresser des messages aux électeurs qui peuvent faire la plus grande différence pour leurs campagnes » leur rappelle à ce titre l’autorité.

Les électeurs ne sont pas des cibles publicitaires comme les autres et les entreprises de l’écosystème des données doivent prendre leurs responsabilités, au même titre que les partis politiques tentés d’exploiter ces technologies à des fins électorales.

Au cœur de ce complexe écosystème « se trouvent les partis et les campagnes politiques, qui stimulent la demande des services spécifiques proposés par les autres acteurs de l’écosystème. » L’ICO a d’ailleurs recommandé au gouvernement de légiférer « dès que possible » pour introduire « un code de pratique » afin d’encadrer l’utilisation des données personnelles dans les campagnes.

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