Les français s'abonneraient bien à la fibre, si seulement elle était disponible

D’après le dernier observatoire de l’Arcep, la France totalise 1,14 million d’abonnements à la fibre optique (de bout-en-bout, et 3,8 millions pour le très haut débit). C’est encore très peu pour un pays de 26,2 millions d’abonnements à Internet (haut et très haut débit).

Et c’est plus faible encore une fois ce chiffre rapporté à l’objectif fixé par l’Etat de 100% de couverture en très haut débit en 2022, dont 80% en FttH. Ce n’est d’ailleurs sans doute pas un hasard si un rapport du Sénat a conclu que cet objectif ne serait vraisemblablement pas atteint dans le cadre du dispositif actuel.

58% d’abonnements fibre en plus en un an, mais juste 1,14 million

Pourtant, relevait l’Arcep au 2e trimestre 2015, 1,14 million d’abonnements, cela représente 58% de croissance sur un an. Néanmoins, pour parvenir à 80% de FTTH en 2022, il va falloir mettre les bouchées doubles. Sauf si les Français s’avèrent peu intéressés par ces offres ?

A priori, l’attitude des consommateurs français n’est pas en cause d’après le baromètre du numérique 2015. Cette année, ils sont 12% à déclarer un accès à Internet par fibre optique. Et comme le mesurait l’Arcep, c’est effectivement le double de 2014. Mais ce chiffre ne correspond toutefois pas exactement à la réalité, prévient le régulateur.

Le FTTH ne concerne dans les faits que 4% des accès, indique ce dernier. « Outre les connexions en fibre optique jusqu’à l’abonné (FttH), cette proportion inclut vraisemblablement les connexions en fibre optique avec terminaison coaxiale ». La preuve d’une confusion chez les sondés (vraie ou fausse fibre) ?

12% ou 4%, cela reste faible au regard des objectifs du plan THD. Comment dès lors accroître le nombre d’abonnements ? Il s’agit moins de convaincre les abonnés que de simplement leur offrir la possibilité d’opter pour la fibre, semblent répondre les chiffres du baromètre du numérique.

Pas abonné fibre, car pas d’offre disponible

En effet, c’est « surtout l’absence de disponibilité de la fibre optique qui explique le fait de ne pas y être abonné », pointe le rapport. Pourquoi les Français interrogés n’ont pas souscrit un abonnement à la fibre ? 61% expliquent que c’est faute de disposer d’une telle offre où ils habitent. Bref, ils ne sont simplement pas raccordés.

Mais ce n’est pas la seule explication. Ils sont également 21% à se satisfaire de leur débit actuel. C’est deux points de moins qu’en 2014 – quand l’absence de raccordement progresse de 7 points. L’argument financier ne semble pas plus un frein (6%).

L’intérêt à l’égard de la fibre optique n’est cependant pas unanime parmi les profils de Français. Les plus âgés sont par exemple plus nombreux en proportion à déclarer ne pas être intéressés : 32% des 60-69 ans et 31% des 70 ans et plus.

Mais manifestement, d’autres critères entrent aussi en jeu et en particulier les besoins en débit et le débit déjà disponible. « Les foyers de petite taille (personnes seules et foyers de deux personnes) sont également moins intéressés par la fibre » à 27 et 26%, contre par exemple 13% pour les ménages de 4 personnes.

Inégalité entre les territoires

De plus, « un tiers des résidents en agglomération parisienne qui n’ont pas souscrit à la fibre déclarent que leur débit actuel leur convient (36%) ». Pourquoi ? Car comme souvent dans les zones denses, les débits offerts par l’ADSL sont élevés et peuvent donc être plus facilement jugés suffisants.

C’est d’ailleurs la conclusion des sénateurs à l’origine d’un rapport d’information sur la couverture numérique des territoires : « Il faut (…) noter la différence  d’intérêt pour le très haut débit dans les zones urbaines, déjà bien dotées en offres haut débit et dont les prix sont parmi les plus bas au monde, par rapport  aux  zones  rurales, où  la rupture d’usage est bien plus importante, faute de haut débit de qualité. »

Ainsi, à titre de comparaison, le baromètre du numérique souligne que dans « les petites agglomérations, le manque de disponibilité est le critère le plus cité (79% en zone rurale) » pour expliquer de ne pas être abonné à la fibre optique. En parallèle, le rapport du Sénat publié le 27 novembre pointait le fait que la couverture se concentrait sur les zones denses, et ce principalement du fait de la politique de déploiement des opérateurs privés.

« Les efforts des opérateurs ont été concentrés jusqu’à présent dans la partie la plus rentable de la zone qui leur est attribuée » observe le rapport. Au deuxième  trimestre 2015, « les zones moins denses représentent toutefois plus du double des déploiements FttH réalisés en zones très denses, avec 268.000 prises contre 104.000 » ajoute-t-il.