Les villes peuvent obtenir les données GPS des transports en libre-service

 

Les entreprises sont nombreuses à se rêver en « data company », symbole de leur transformation et d’une efficacité accrue. Les métropoles pourraient, elles, ambitionner elles de devenir des « data city ». L’objectif : adapter, entre autres, les investissements grâce à l’analyse des données, mais aussi mieux gérer les flux de déplacements pour réduire les congestions.

« Nous sommes convaincus aujourd’hui que le Big Data, au service des politiques de mobilité, est un outil exceptionnel, mais surtout un outil qui permettra d’optimiser des investissements extrêmement lourds qui seront faits dans le domaine des transports en commun » déclarait lors du salon Big Data l’adjoint à la Maire de Paris, Jean-Louis Missika

Le « législateur doit forcer le partage de cette donnée »

Pour y parvenir, les municipalités disposent de leurs propres données, ainsi que de celles d’acteurs privés, prestataires en délégation de service public. Mais dans les domaines des transports et du logement, par exemple, les données restent souvent dans le giron du privé.

« Des données privées sont d’intérêt général et doivent par conséquent être partagées. Et si c’est nécessaire, le législateur doit forcer le partage de cette donnée » défend la capitale française. Elle s’efforce donc, notamment, « de travailler sur le partage de la donnée avec les opérateurs de free floating. »

Les opérateurs ne se bousculent pas toutefois. « Nous avons essayé dans un premier temps de dialoguer avec de gros acteurs. Nous avons pris conscience que c’était compliqué » confirmait Jean-Louis Missika, citant entre autres Uber et Airbnb.

Et la solution pourrait bien être la contrainte légale. C’est d’ailleurs la voie suivie par la ville américaine de Los Angeles, concernée au premier chef par l’explosion des services de free-floating, en particulier les derniers arrivants, les trottinettes électriques.

En septembre dernier, l’autorité des Transports annonçait sa décision d’imposer à tous les opérateurs de fournir des données de localisation (anonymisées) afin de faciliter la planification urbaine.

« L’information sur l’itinéraire est fournie à la ville après la fin du voyage et dans les 24 heures et ne comprend pas le nom, l’âge, le sexe, l’adresse de l’utilisateur » détaille le régulateur. Il demande ainsi « aux entreprises de fournir le trajet de départ et d’arrivée de chaque véhicule au début et à la fin des trajets pour s’assurer que les trottinettes sont garées légalement et dans les limites du permis. »

Avantage concurrentiel pour les bons élèves du partage

Et pour les gestionnaires de ces services de mobilité, l’ouverture de ces données semble s’imposer s’ils veulent recevoir un permis d’une durée d’un an pour déployer leurs trottinettes à Los Angeles. Les réfractaires disposent eux d’un permis limité à 30 jours.

Autre contrainte : la flotte de véhicules ne peut excéder 3000 unités. Lime et Spin ont eux accepté d’ouvrir leurs données GPS à la ville. Ils pourront ainsi exploiter jusqu’à 10.500 trottinettes dans l’espace public. Ces acteurs bénéficient donc d’un avantage concurrentiel certain. De quoi encourager les prestataires hostiles à ce partage de données à se montrer plus conciliants.

Uber, critiqué notamment par Paris pour son refus de toute ouverture des données, figure parmi les opposants à Los Angeles. Et le géant ne semble pas aujourd’hui décidé à revenir sur sa décision, se retranchant notamment derrière la protection de la vie privée – sujet qui lui a valu une condamnation aux US.

« LADOT [le département des transports de L.A] punit les entreprises qui défendent les droits des clients alors que les entreprises qui négligent leur responsabilité en matière de protection de la vie privée des consommateurs sont récompensées par des opportunités financières exclusives » dénonce un porte-parole d’Uber dans un communiqué.

Uber et les autres opposants disposent encore d’un sursis. Les entreprises ont jusqu’au 15 avril pour se mettre en conformité pour prétendre à un permis d’un an, rappelle le régulateur. Malgré ses critiques, Uber laisse la porte entrouverte, estimant que le LADOT devrait préciser les mesures adoptées pour prévenir un usage abusif des données GPS.

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