Mark Zuckerberg : un grand oral sans conséquence en ligne de mire

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a présenté ses excuses au Congrès dans une déclaration écrite avant son témoignage devant deux commissions aujourd’hui et demain. La déclaration suggère que l’entreprise n’a pas fait assez pour empêcher les abus, car l’entreprise est « idéaliste et optimiste ». Elle reconnaît désormais qu’elle a fait une « grosse erreur » en ne mettant pas en place les garanties suffisantes en matière de sécurité des données de ses utilisateurs.

 

La déclaration de sept pages est en partie publiée par 9 To 5 Mac. « Facebook est une entreprise idéaliste et optimiste » peut-on y lire. « Pendant la plus grande partie de notre existence, nous nous sommes concentrés sur tout le bien que peuvent apporter la connexion entre les gens ».

« Mais il est clair que nous n’en avons pas fait assez pour empêcher que ces outils ne soient aussi utilisés pour le mal. Cela vaut pour les fausses nouvelles, l’ingérence étrangère dans les élections, et le discours de haine, ainsi que (pour) la confidentialité des données ».

« C’était mon erreur, et je suis désolé »

« Nous n’avons pas eu une vision assez large de notre responsabilité, et c’était une grosse erreur. C’était mon erreur, et je suis désolé ».

Mark Zuckerberg explique ce qui s’est passé avec Cambridge Analytica, et décrit les mesures prises en réponse. Dans ce document, il dit que les données d’un quiz de personnalité de l’Université de Cambridge (lire Cambridge Analytica : Facebook préviendra les utilisateurs touchés, un par un) ont été partagées avec Cambridge Analytica en violation des politiques d’utilisation des données de Facebook.

La déclaration écrite de Mark Zuckerberg porte également sur l’ingérence de la Russie dans l’élection présidentielle américaine. Il reconnaît , que la société a involontairement poussé la désinformation auprès de 126 millions de personnes. « Nous avons également entendu parler d’une campagne de désinformation menée par l’Internet Research Agency (IRA) – une agence russe qui a agi de manière trompeuse à plusieurs reprises et a tenté de manipuler des personnes aux États-Unis, en Europe et en Russie. Nous avons trouvé environ 470 comptes et pages liés à l’IRA, qui ont généré environ 80.000 messages sur Facebook sur une période de deux ans » (lire Les pubs russes sur Facebook vues par 10 millions d’Américains).

« 126 millions de personnes peuvent avoir reçu du contenu d’une page Facebook associée à l’IRA »

« Notre meilleure estimation est qu’environ 126 millions de personnes peuvent avoir reçu du contenu d’une page Facebook associée à l’IRA à un moment ou à un autre au cours de cette période ». Le PDG de Facebook devrait faire face à quelques questions percutantes au cours des audiences. Sa première mission sera de se défendre contre les appels à la réglementation des entreprises du web.

La perspective de nouvelles lois qui restreindraient l’activité de Facebook et consort est toutefois extrêmement improbable. Et ce non seulement en raison d’un manque de volonté politique, mais aussi grâce à l’efficace action de lobbying des entreprises technologiques. Enfin, il reste délicat pour nombre de législateurs de s’attaquer à la complexité des problèmes techniques inhérents à l’activité de ces entreprises.

Mark Zuckerberg doit témoigner devant une audience conjointe des comités du commerce et de la magistrature du Sénat américain. Le sénateur démocrate Bill Nelson, du Comité du commerce du Sénat, a déclaré lundi à Reuters qu’il croyait qu’une nouvelle réglementation était nécessaire face aux deux scandales. Il a aussi dit qu’il ne s’attendait à rien de concret. Il a attribué cela en partie au format de l’audience de mardi. Cela favorisera le spectacle plutôt que le dialogue réfléchi a t-il mentionné. « Comment pouvez-vous demander à 44 sénateurs de tenir une audience qui avec beaucoup de contenu alors que chaque sénateur n’a que quatre minutes ? » a t-il dit.

« Nous avons un problème. Notre utopie numérique a des champs de mines »

La sénatrice démocrate Dianne Feinstein, du comité de la magistrature, a déclaré aux journalistes après avoir parlé avec Mark Zuckerberg, 33 ans, qu’il était « un très gentil jeune homme » qui « sait évidemment ce qu’il fait et a une personnalité très agréable ».

La secrétaire de presse de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a refusé de dire lundi si de nouvelles réglementations étaient nécessaires. « Je n’ai pas d’annonce politique spécifique sur ce front, mais je pense que nous attendons tous avec impatience ce témoignage. »

Les républicains sont généralement contre la réglementation des entreprises et ils ne sont pas convaincus que les entreprises de technologie ont besoin de plus. « Je ne veux pas blesser Facebook. Je ne veux pas les réglementer à mort » a déclaré le sénateur républicain John Kennedy de Louisiane, membre du Comité de la magistrature. « Mais nous avons un problème. Notre utopie numérique a des champs de mines. »

1,35 million de dollars en lobbying en 2011. Six ans plus tard, ce montant était de 11,5 millions de dollars

Jusqu’à présent les entreprises qui ont été victimes de piratage informatique ont été accusées par les législateurs de ne pas prendre les mesures de sécurité adéquates pour protéger les informations personnelles de leurs clients. Les cadres d’une foule d’entreprises dont Target, Alphabet Google, United Airlines et Equifax, ont témoigné devant le Congrès sur une variété de questions, y compris la sécurité. Ils en sont ressortis avec une simple réprimande et une baisse temporaire du prix de leurs actions.

La faute aux lobbyistes employés par ces entreprises qui annihilent tout effort visant à convertir l’indignation publique et politique en régulation, affirment les défenseurs de la vie privée. Facebook a dépensé 1,35 million de dollars de frais de lobbying en 2011. Six ans plus tard, ce montant était de 11,5 millions de dollars, selon les données du Centre for Responsive Politics.

« Les gens ont cette idée que nous allons adopter une loi générique sur la protection de la vie privée et que ce sera une solution miracle » note Alvaro Bedoya, un ancien conseiller du Congrès qui a travaillé sur les questions de confidentialité. « La réalité est que les lobbyistes sont plus nombreux que les défenseurs de la vie privée à Washington et ce dans une proportion de 20 à 30 pour 1. »

Conséquence : au lieu de changements réglementaires majeurs, les législateurs du Congrès ont proposé une législation très ciblée.

Le Honest Ads Act, par exemple, vise à répondre aux préoccupations concernant les ressortissants étrangers achetant secrètement des publicités sur les médias sociaux pour influencer la politique américaine. Elle exige la publication du nom des commanditaires de cette propagande électorale sur Internet afin de révéler qui les a payées, à l’image de ce qui se fait à la télévision et à la radio. Mais ce projet de loi est bloqué depuis son introduction en octobre dernier, bien que Facebook l’ait approuvé vendredi dernier.

Le Congrès a adopté une loi le mois dernier qui a ébréché le Communications Decency Act de 1996, qui protège depuis des décennies les entreprises de l’Internet de la responsabilité de ce que les utilisateurs publient sur leurs plateformes.

La loi, qui devrait être promulguée cette semaine par le président américain Donald Trump, vise à pénaliser les opérateurs de sites Web qui facilitent le trafic sexuel en ligne. Les entreprises de l’Internet ont exprimé leur inquiétude sur le fait que cela pourrait être le premier pas d’un retournement d’une approche réglementaire sans intervention de la part de Washington.

Les responsables de l’industrie de la technologie ont déclaré qu’ils s’attendaient également à ce que le témoignage de Mark Zuckerberg soit long sur les points politiques et court sur les idées législatives.

« Ils ne comprennent pas le ciblage publicitaire et ils lui poseront probablement un tas de questions sans rapport avec leurs bases politiques respectives » a déclaré une source de l’industrie technologique. « Donc les Démocrates vont s’interroger sur les monopoles et les Républicains s’interrogeront sur les préjugés anti-conservateurs dans la Silicon Valley. »

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