Microsoft contre Google : Pourquoi cette guerre de navigateurs n’a rien à voir avec la vie privée

Lors d’une semaine où Microsoft et Google organisaient des conférences développeurs (un duel en quelque sorte), il est tentant de considérer chaque annonce de l’un des deux comme un direct du gauche ou direct du droit entre les deux géants de la technologie. Donc il est tentant d’analyser  la décision de Microsoft de faire de la protection de la vie privée un élément clé de son message cette semaine un uppercut en direction de Google.

Satya Nadella, le PDG de Microsoft, a donné le ton lors de la keynote d’ouverture avec ces mots « La vie privée est un droit humain » et a souligné les défis techniques exigés par le respect de la vie privée. Quelques minutes plus tard, un autre dirigeant de Microsoft a présenté les nouveaux contrôles de confidentialité qui arriveront bientôt dans une version preview d’Edge Chromium. Plus tard dans la semaine, j’ai assisté à deux séances portant sur les répercussions de la reconnaissance faciale et de l’IA sur l’éthique et la vie privée.

Pourtant, je ne me souviens pas d’avoir entendu le mot « Google » mentionné nommément dans aucune de ces discussions. Lors d’une session « État du navigateur », par exemple, le vice-président en charge de l’équipe produit Edge a fait référence à plusieurs reprises à « d’autres fabricants de navigateurs » sans jamais utiliser le mot clé Google. Chrome n’était, dans ce contexte, qu’un navigateur anonyme alimenté par Chromium.

Pourquoi cette réticence à nommer la concurrence ? J’ai deux raisons pour expliquer cela.

D’abord, c’est la faute de Mark Penn, qui avait été engagé en 2012 par le PDG de l’époque Steve Ballmer en tant que consultant stratégique. La désastreuse campagne publicitaire « Don’t get Scroogled », qui appliquait les techniques de diffamation des campagnes politiques américaines à la relation concurrentielle fondamentale de Microsoft avec Google, c’est lui.

Tout porte à croire que « Scroogled » a été un échec total et a probablement porté atteinte à la réputation de Microsoft bien plus qu’à celle de Google. Satya Nadella a rapidement mis Mark Penn de côté quand il est devenu PDG.

Plus important encore, les consommateurs ne se soucient pas particulièrement de la protection de la vie privée, sauf lorsqu’elle devient un scandale qui fait la une des journaux, comme ceux qui entachent la réputation de Facebook depuis des mois. Google a réussi à éviter ces scandales pour la plupart, et ce même s’il recueille et monétise d’énormes quantités de données sur les personnes qui utilisent ses services.

Pendant ce temps, les clients de Microsoft se soucient surtout de la protection de la vie privée lorsqu’elle les expose à des risques juridiques et de conformité.

Tout cela pourrait changer un jour, si Google se retrouve soudainement pris dans un scandale de protection de la vie privée impliquant l’un de ses services clés. Mais pour l’instant, la plus grande partie des problèmes de Google portent sur les questions d’antitrust sur ses résultats de recherche et l’impact malheureux de ses algorithmes de recommandation YouTube.

Il y a probablement un facteur « équilibre de la terreur » à l’œuvre ici, aussi. Google est le mainteneur de la base de code Chromium, après tout, et les ingénieurs de Microsoft travaillent dur pour contribuer à cette base de code. La dernière chose dont ils ont besoin, c’est d’une querelle qui déborde du côté des ventes et du marketing dans les tranchées de l’ingénierie.

Plus important que n’importe lequel de ces facteurs, cependant, on trouve la guerre actuelle des navigateurs dans laquelle Microsoft se trouve. Au début 2018, j’ai constatais que Microsoft Edge prenait du retard sur… Internet Explorer. Un an plus tard, la situation ne s’est guère améliorée.

Selon les résultats du programme d’analyse numérique du gouvernement américain pour les trois prochains mois, début mai 2019, 60 % de tout le trafic des PC Windows 10 provenait de Google Chrome, les utilisateurs d’Edge représentant 16,6 % et Internet Explorer, 15,5 %. Mozilla Firefox a chuté à un peu plus de 7% de tout le trafic sur les PC Windows 10, et tous les autres navigateurs combinés représentent bien moins de 1 %.

La situation s’aggrave lorsque l’on considère le nombre important de PC d’entreprise qui n’ont toujours pas mis à niveau vers Windows 10. La plupart de ces PC fonctionnent sous Windows 7, où le seul navigateur de Microsoft, Internet Explorer, continue d’afficher une part d’utilisation impressionnante et déprimante de 34% ; Chrome est à 56,7%, et l’utilisation de Firefox est inférieure à 8,8%.

Avec l’extension de la prise en charge de Windows 7 par Microsoft de trois années supplémentaires à partir de sa date de fin officielle en janvier 2020, ce défi devient encore plus important.

À long terme, Microsoft pourrait éloigner certains clients de Google en construisant un navigateur plus compatible avec Chrome. Mais pour l’instant, l’opportunité la plus importante est de donner aux entreprises une raison d’abandonner Internet Explorer. Oubliez donc la protection de la vie privée comme argument pour l’instant.

Source : Microsoft vs. Google: Why this browser war isn’t about privacy

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