Microsoft / LinkedIn : 3 points pour bien comprendre ce rachat

Qui aurait pu croire que la plus grosse acquisition de l’histoire de Microsoft serait un… réseau social ? Avec plus de 26 milliards de dollars sur le chèque, l’entreprise de Redmond débourse une somme à peine croyable pour s’offrir le roi des réseaux sociaux d’entreprise. Pourquoi ? Comment ? Voici trois points pour mieux comprendre cette extraordinaire transaction.

1. LinkedIn a les données dont Microsoft a besoin

« Aujourd’hui, toute l’information dont à besoin un professionnel pour réussir est répartie en silos. En connectant l’offre de cloud leader pour les professionnels et le réseau pour les professionnels, nous pouvons créer des expériences plus connectées, intelligentes et productives » explique Microsoft. Ce rachat, c’est l’occasion pour Microsoft de fournir à ses utilisateurs des données efficaces (CRM, analytics) et d’offrir aux abonnés de LinkedIn les outils collaboratifs d’Office 365.

 

Intelligent Newsfeed, soit l’intégration des données LinkedIn et des outils Microsoft. Un exemple de la synergie que la société mettre en place avec les deux offres. (Source : Microsoft)

« Un profil professionnel sera unifié et la bonne donnée au bon moment apparaîtra dans une application, que ce soit sous Outlook, Skype, Office, ou autre » explique à ce titre Microsoft. La société s’oriente vers un fil d’actualité professionnel, nommé « Intelligent Newsfeed », qui ressemble véritablement à un Facebook pour les pros. On peut y voir l’actualité de chaque abonné, en lien avec des documents ou interactions Microsoft (Skype, PowerPoint ou encore OneNote).

Microsoft promet également que l’intégration de LinkedIn aux services de Microsoft passera par Cortana, l’assistant intelligent de la société. « Dans le futur, Cortana connaîtra tout votre réseau professionnel ». Ce qui devrait permettre de vous « donner l’avantage » pour prendre les bonnes décisions, sous la forme d’un super CRM.

C’est d’ailleurs sur l’angle du développement du social selling que Microsoft vante l’acquisition de LinkedIn. L’intégration avec Dynamics CRM est prévue. « Cela va transformer le cycle de vente » explique Microsoft, promettant la possibilité de « construire de des relations plus profondes avec les prospects et les clients ».

L’intégration avec les outils Office, comme PowerPoint, est aussi une promesse importante. Microsoft propose un cas d’usage de formation interactive qui utilise les ressources de LinkedIn et de PowerPoint.

2. LinkedIn a déjà massivement investi pour l’avenir

D’un point de vue opérationnel, tout semble aller pour le mieux chez LinkedIn. Présent dans plus de 200 pays, le réseau social dédié aux professionnels revendique 433 millions de membres, en croissance de 19% sur un an. Son développement sur mobile est en croissance de 49% sur un an, ce qui fait que plus de 60% du trafic du service passe aujourd’hui par le mobile.

Enfin, l’entreprise affirme héberger 9 millions de pages de société et 2 millions d’utilisateurs payants, bien que ce ne soit plus sa source principale de revenus. Sauf qu’a l’annonce des résultats du premier trimestre 2016 l’entreprise à pris une sacrée gamelle en bourse, le cours de son titre chutant de près de 40%. Avec un rachat d’action prévu de 196 dollars par Microsoft, le titre devrait retrouver son cours d’avant ces décevants résultats.

 

Cours de l’action LinkedIn. La chute à l’issue des résultats du premier trimestre semble effacés avec l’annonce du rachat par Microsoft. Une chute qui sanctionnait des résultats en baisse suite à des investissements massifs pour changer de modèle économique. (Source : Google)

Pourquoi une telle chute ? La source de revenus désormais majeure est son service de recrutement que la société fait payer aux entreprises. Mais cette transition vers les services coûte très cher. LinkedIn a du signer un chèque de 1,5 milliard de dollars l’an passé pour racheter la start-up Lynda, une plate-forme de cours en ligne. Et ses dépenses en en marketing et en R&D se sont envolées de 39%, à 1,8 milliard de dollars. D’où des pertes importantes au premier trimestre 2016.

Pour Microsoft, le prix de LinkedIn n’est pas si exorbitant au regard des investissements consentis ces derniers mois par la société sur ses nouvelles sources de revenus. Surtout que les synergies paraissent alléchantes.

3. Microsoft va pouvoir mettre sa publicité ailleurs que sur Facebook et Google

Facebook for Work a t-il du souci à se faire ? Certainement. Certes, LinkedIn n’a aucune ambition de toucher le grand public et ses milliards de pages vue. Reste qu’un prospect sous LinkedIn se monnaye cher, bien plus cher que sur les plates-formes qui touchent monsieur et madame tout le monde. Là où Facebook se fait fort de posséder l’ADN de la viralité, LinkedIn et Microsoft proposent le réseau et les outils pour les professionnels.

Conséquence directe de ce rachat, Microsoft espère aussi améliorer l’engagement sur Bing en y positionnant des recherches pour les professionnels issus de l’expérience de LinkedIn.De quoi rendre le moteur plus attractif pour les professionnels que Google ? Et pourquoi pas ?

Enfin, côté LinkedIn, l’intégration doit permettre d’augmenter sensiblement la visibilité du service, dont dont 60% des ventes sont réalisées aux Etats-Unis actuellement. LinkedIn pourra utiliser le réseau mondial de Microsoft pour développer son business. En France, troisième pays pour la société en terme de nombre de membre, LinkedIn fait déjà jeu égal avec Viadeo. Chaque entreprise y revendique 10 millions d’utilisateurs.

Autres points de convergence

Microsoft note également trois autres points de convergence : les développeurs vont pouvoir travailler avec des API en provenance des deux entités et LinkedIn sera hébergé sur Azure. Enfin, le flux d’actualité de LinkedIn bénéficiera du système de notification de Microsoft.

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