Moins de « pirates » en France, mais plus adeptes du streaming

Si l’activité de la Hadopi s’est faite moins médiatique au fil des ans, la question de la consommation illégale de contenu sur Internet n’est cependant pas réglée du point de vue des ayants droit. L’Alpa, l’association de protection de la création audiovisuelle, poursuit sa veille et publie dans ce cadre son étude annuelle de l’état de la consommation illégale de vidéos en France.

Et l’Alpa retient au moins un motif de satisfaction : la baisse de la « population pirate » de 5%. Cette population est estimée à 12 millions de personnes en 2017. C’est le chiffre le plus bas atteint depuis 2010 et la première édition de l’étude.

Moins de piratage depuis un PC

En tout cas, en ce qui concerne l’usage sur PC. L’état du marché du PC en France, et même plus globalement dans le monde, pouvait le laisser prévoir. Le PC n’a plus autant la cote, en particulier dans l’accès à Internet. Le smartphone est devenu pour beaucoup d’internautes, le terminal de prédilection.

L’étude estime néanmoins que cette « diminution est due au succès des actions judiciaires menées contre les principaux sites pirates par les ayants droit, grâce aux procès verbaux dressés par les agents de l’ALPA. »

En clair, la répression produit des résultat et est indiscutablement la voie à suivre. Et l’enrichissement de l’offre légale ou l’évolution de la chronologie des médias qui impose de longs délais avant la diffusion des films via des services Internet légaux ?

L’étude traite des caractéristiques du piratage, non des moyens qui pourraient contribuer à le réduire. Par ailleurs, en ce qui concerne les séries en particulier, l’Alpa estime que l’offre disponible n’est pas en cause, pas plus que son prix.

« Près de la moitié des séries consommées illégalement sur internet (44%) sont disponibles sur les chaînes gratuites. Le prix de l’abonnement ou du paiement à l’acte n’apparaît pas, dans ce cas précis, être un facteur déterminant de consommation illégale. L’accès rapide au contenu semble privilégié par les utilisateurs » suggère l’association.

Des mobinautes adeptes du streaming

Et pour un accès rapide, quoi de mieux qu’un smartphone. La consommation de vidéos, légale comme illégale, se fait de plus en plus souvent depuis un terminal mobile. Ce n’est pas Google qui dira le contraire.

Avec une population française très équipée (95% des 18-24 ans possédaient un smartphone en 2016) et des forfaits mobiles bien dotés en termes d’enveloppe data, les mobinautes consomment plus, y compris des contenus illégaux.

Ainsi, l’Alpa constate que « la consommation illégale de contenus continue sa progression sur le smartphone avec une croissance de plus de 50% entre 2016 et 2017« . Sur une base de 36 millions de mobinautes, 8% ou 2,9 millions sont classés comme pirates – contre 1,9 million en 2016.

Sur tablette, cette population est au contraire en net recul de 57% à 1,2 million. Une tendance qui peut s’expliquer cette fois aussi par l’évolution du taux d’équipement et des usages. Avec des Français massivement équipés de smartphones, le streaming fait office d’usage naturel.

Dans la musique, le Snep se félicite d’ailleurs de l’adoption du streaming, en particulier sur abonnement. Mais le streaming illégal progresse lui aussi nettement, signale l’Alpa. Celui-ci est même devenu le « protocole le plus utilisé » pour la première fois.

L’étude estime à 8,5 millions le nombre de visiteurs uniques sur les sites pirates de streaming chaque mois. Et cinq sites attirent à eux seuls 62% de l’audience. L’Alpa parle ainsi d’un « effet de concentration de la piraterie en France. »

5 sites drainent 62% de l’audience du streaming illégal

Tous protocoles d’accès confondus, le top 20 des sites pirates « concentre plus de 80 % de la consommation totale. Plus de la moitié des internautes pirates accède à des contenus illégaux à partir de 5 sites uniquement ».

Une manière de souligner que des actions engagées contre ces principales sources illégales de vidéos permettraient de faire baisser fortement le piratage ? A condition que des transferts ne s’opèrent pas vers d’autres services, comme c’est souvent le cas.

D’ailleurs, l’étude observe que la fermeture de Zone-Téléchargement.com a eu pour effet un transfert d’1,3 million d’internautes vers le P2P. La création de la Hadopi avait contribué à de tels transferts vers le DDL et le streaming.

Les usages parmi la population, en particulier en matière de streaming et de smartphones, contribuent aussi à l’évolution des pratiques en matière de consommation illégale.

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