Musique en France : à la recherche de la valeur perdue

 

Les industriels de la musique à la recherche du temps perdu ? En 2002, autant dire il y a un siècle compte tenu de la rapidité des mutations technologiques et des usages, le marché français de la musique enregistrée représentait 1,43 milliard d’euros.

15 ans plus tard, c’est 723 millions d’euros, ou 583 millions en tenant compte uniquement des ventes physiques et numériques. Malgré la reprise et deux années consécutives de croissance, le Snep ne fait pas donner la fanfare.

Laisse-moi streamer… rien qu’une nuit

Le syndicat de l’édition phonographique note que « si la reprise se dessine, elle est encore fragile ». Trop tôt pour se féliciter puisque « le chiffre d’affaires physique et numérique commence tout juste à recréer la valeur perdue. »

Les industriels peuvent-ils encore espérer renouer avec le paradis perdu ? L’horizon est lointain et les usages ont radicalement changé. Par conséquent, la vente de musique n’atteint plus aujourd’hui « que 40% du marché de 2002 », semble se désoler le secteur, maintenant qu’il a retrouvé le chemin de la croissance.

Les producteurs de musique ne se laissent pas abattre cependant, et sont même « optimistes », rapporte le baromètre. Confiants en l’avenir, mais peu, voire pas, euphoriques ou démonstratifs. Il faut dire qu’ils « considèrent ces indicateurs avec prudence. »

Auraient-ils perdu le sens du rythme ? Pour justifier cette circonspection, ils invoquent deux motifs principaux : « la dynamique de la production n’est pas encore pérenne » et « les nouveaux modèles économiques ne sont pas encore matures. »

Les usages semblent eux plus matures. Les consommateurs français font clairement le choix du streaming comme moyen de prédilection pour l’accès à la musique. Mais oui, le potentiel de croissance reste conséquent si on se fie au fort rythme de développement du streaming.

D’après le baromètre, les revenus du streaming ont bondi de 23% en 2017 à 243 millions d’euros (+37% en 2016). Ce mode de consommation pèse ainsi désormais 42% des revenus du marché total de la musique.

Mieux, une part croissante de Français acceptent de payer pour accéder à ces contenus. La musique a peut-être bien finalement un prix, et certains internautes acceptent de remettre en cause la règle du tout gratuit. Les abonnements dégagent en effet 83% des revenus du streaming et 35% de ceux du marché.

Viens voir le streaming, non n’aie pas peur

Et les opérateurs mobiles – au travers de « bundle » – ne semblent plus être les seuls vecteurs d’abonnements. Si le Snep fait état d’une progression moins soutenue du nombre d’abonnés (+500.000 en 2017 à 4,4 millions d’abonnés), il souligne que ce ralentissement est compensé par une part plus importante des abonnés payants, hors bundle.

Un nouveau signe de la maturité de cet usage. Pour le syndicat, « l’adhésion populaire » au streaming est clairement au rendez-vous avec 42,5 milliards de titres « écoutés sur les services de streaming audio en 2017 ». Et « c’est 5 fois plus qu’en 2013 ».

 

En outre, « 42% des Français déclarent écouter leurs artistes sur les plateformes de streaming ». Et ces utilisateurs ne sont pas seulement des jeunes. Un sur quatre a en effet plus de 50 ans. Le numérique ne rafle pas tout néanmoins.

En France, la vente physique reste majoritaire à 51,2%. La mutation est bien entendu incontestable puisque ce marché physique totalisait 92,8% des recettes dix ans auparavant. Il poursuit par ailleurs sa baisse année après année. Ce recul a cependant marqué le pas à -4,7% en 2017.

Ce « fléchissement est moins fort depuis 2 ans » souligne le SNEP/GFK. Cela s’explique notamment par le succès du vinyle, qui « séduit toujours plus de consommateurs, avec des volumes multipliés par 4 en 5 ans », tout en ne représentant que 12,2% du chiffre d’affaires physique.

Pour les industriels de la musique, la résurrection du vinyle – couplée à l’adoption du streaming en abonnement – « illustre le retour du consentement à payer sur le marché de la musique enregistrée. » Et ils comptent bien encourager cette pratique. S’ils n’entravent pas l’offre légale comme par le passé, ils pourraient y contribuer.

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