Netflix, Spotify, Amazon… une vie sur abonnement hors de prix

Netflix, Spotify, Amazon... une vie sur abonnement hors de prix

Je consulte mes e-mails, comme chaque matin. « Nous avons trouvé 837 nouveaux abonnements qui encombrent votre boîte de réception », m’indique Unroll.me, un service spécialisé qui permet de lutter contre les trop nombreuses newsletters qui polluent votre messagerie, car vous avez oublié de vous désinscrire. Heureusement que les newsletters sont gratuites… Mais le soir, je me rend sur mon compte en banque, en ligne, et je constate comme tous les mois que j’ai été débité d’une quinzaine d’euros par Netflix, mais aussi par Spotify et trois ou quatre sites de journaux. Comme je ne consulte que la moitié de ces sites, je décide, comme chaque fois, que je me désabonnerai – car cela coûte tout de même plusieurs dizaines d’euros. Demain.

Quelques jours plus tard, je n’ai toujours rien fait. Procrastination et phobie administrative, quand vous nous tenez… Et puis, j’ai peur de rater quelque chose si je me désinscris, un article important à lire reservé aux abonnés, par exemple. FOMO, quand tu me tiens. Un enième tour sur mon compte en banque, et je découvre après décorticage que je suis toujours abonné à Amazon Prime (pourtant, je pensais avoir résilié ça), ainsi qu’à YouTube Premium, l’application de coaching alimentaire MyFitnessPal, le service de méditation en ligne Petit Bambou, ainsi qu’à Apple News+, que je voulais juste tester à la base – mais l’abonnement a été reconduit tacitement, et je n’ai rien fait contre.

Heureusement, je ne suis pas célibataire : je n’ai donc pas d’abonnement chez Tinder, Meetic ou Adopte un Mec. Je n’ai pas non plus d’abonnement à une plateforme de gaming en mode streaming, comme Stadia ou GeForce Now, bien que je sois inscris sur Steam. Par contre, j’ai aussi un abonnement à Google One, qui me permet de stocker jusqu’à 2 To de fichiers (bien que je n’utilise actuellement que  1 % de ce qui m’est offert) pour 9,99 € par mois. Sinon, j’ai aussi découvert par hasard, à l’instant, que j’avais encore un abonnement à Box, un autre site de stockage, pour 8 euros par mois. Et aussi un abonnement à Skype.

Vous pensez peut-être que je suis un cas isolé, un fou qui devrait vérifier un peu plus ses abonnements. Mais je ne suis pas le seul. Vérifiez vous-même à quoi vous êtes abonné, et vous découvrirez sûrement le même genre de choses. Des tas d’abonnements que vous aviez oublié, car c’est en ligne, et que vous vous promettez chaque mois d’arrêter.

Ma vie est un abonnement. Nos vies sont des abonnements. Des logiciels et services comme iCloud, Evernote, Office 365, Adobe Creative Cloud ; en passant par les plateformes de divertissement (Netflix, Spotify, Hulu, Amazon Prime, Apple Music) ; ainsi que par les sites de médias, les applis de bien-être, ou encore les sites de rencontre ; presque tous les moments de votre vie sont régis par une souscription mensuelle ou annuelle. Du moins, si vous êtes l’une de ces personnes addictes à leurs smartphones, au Web et aux outils numériques.

 

La Netflixisation de la tech

Mais est-ce bien de notre faute ? C’est une tendance qui devrait s’accentuer : l’industrie de la tech tend de plus en plus vers une économie de services, et semble avoir oublié les produits et la vente classique. Les géants du web et tous les autres qui avancent dans leur sillage multiplient les offres d’abonnement. Adobe ne vend par exemple plus son logiciel phare, Photoshop, mais propose un abonnement mensuel – qui varie selon votre profil (photographe, maquettiste, designer, étudiant, enseignant, entreprise, école). Apple et Google proposent sans cesse de nouveaux services en ligne, qui nécessitent un abonnement, d’Apple Music en passant par YouTube Premium.

Évidemment, le système des abonnements est vieux comme le monde – il ne s’agit que d’une transposition en ligne de ce que pratiquent depuis des années nombre de magasins, médias, chaînes de télé, clubs de sports et opérateurs téléphoniques. D’autres secteurs proposent aussi de s’abonner pour utiliser leurs produits, dans le monde “réel”, physique. PSA propose par exemple à Paris d’utiliser des voitures, scooters et vélos en autopartage via Free2Move, en mode premium contre 9,9 euros par mois. Aux USA, la startup Roam.co propose un service de coworking, mais aussi de “coliving”, qui permet, contre 1600 dollars par mois, d’accéder à des logements en cohabitation, dans la plupart des capitales du monde – pas pour travailler, mais pour dormir et vivre. Pas de loyer, mais un abonnement mensuel, donc. C’est dans le même esprit que Feather propose de s’abonner pour meubler son appartement ou sa maison, et changer de table ou de canapé à volonté.

Dans le même temps, le succès de Netflix et Amazon Prime a transformé nos usages, à l’ère du e-commerce, de “l’ubérisation” d’à peu près tout, du Cloud et des crises économiques à répétition… jusqu’à pousser toujours plus d’entreprises à s’adapter à cette nouvelle façon de consommer et à ce que les analystes appellent la “subscription economy” – une version payante et dévoyée de “l’économie du partage”, qui consiste à la base à partager ce que l’on possède avec les autres, dans un but non lucratif.

Cette vie par abonnement est très pratique et confortable, c’est indéniable. Un abonnement peut être stoppé à tout moment, et cela peut en principe vous permettre de débourser moins d’argent pour un produit qu’à l’origine – par exemple, une trentaine d’euros pour Photoshop, plutôt que plusieurs centaines d’euros pour une licence annuelle. Tout utiliser en “leasing” est en outre une façon très noble et citoyenne de contrer l’obsolescence programmée de certains produits, le gaspillage à outrance et la surconsommation, en faisant en sorte, petit à petit, que nous ne soyons plus propriétaires de grand chose.

 

L’économie de l’abonnement

Selon le cabinet McKinsey, “l’économie de l’abonnement” a augmenté de 100 % chaque année depuis 2014. Mais à force, ce qui était au départ bien pratique finit par empirer les choses. Car, avec le temps, nos abonnements s’accumulent, jusqu’à coûter, si l’on n’y prend garde, une somme d’argent conséquente…

Selon une enquête du cabinet d’étude Waterstone, baptisée “America’s Relationship With Subscription Services” (les relations des américains avec les services par abonnements), les consommateurs US dépensent chaque mois entre 70 et 215 euros, pour des services tels que Netflix, Amazon Prime, et compagnie. Comme l’explique Larry Chiagouris, professeur de marketing à l’Université Pace de New-York, dans le Washington Post, « le temps que les gens réalisent qu’ils ne veulent plus d’un service, il leur faut du temps pour l’annuler. Tout est une question d’inertie”. Et de procrastination. Dans mon cas, accumulés, tous mes abonnements me coûtaient (je parle au passé car j’en ai résilié plus de la moitié, depuis) chaque mois entre 100 et 150 euros.

N’oubliez pas que pendant ce temps là, d’autres gagnent de l’argent. L’économie de l’abonnement est ainsi très lucrative pour les entreprises concernées : aux USA, la “suscription economy” pèse déjà plus de 450 milliards de dollars. Pour les startups et les géants du Web qui vous poussent à vous abonner à leurs services, c’est la promesse de vous fidéliser et de vous garder près d’eux le plus longtemps possible (autrement dit, de vous faire payer indéfiniment) – notamment en vous connaissant toujours mieux grâce aux infos personnelles que vous leur transmettez lors de vos usages, afin de personnaliser plus finement leurs offres, et pourquoi pas, revendre vos données. “Ils finissent par avoir des clients pour la vie, et des revenus constants, qui ne sont pas liés au lancement de nouveaux produits”, commente Iman Ghodosi, de la startup Zuora, spécialisée dans les logiciels d’aide à la gestion de la relation avec les abonnés.

 

Examen de conscience

Alors que vos abonnements s’accumulent, s’enchaînent de plus belle et augmentent discrètement d’année en année, l’heure est peut-être venue pour vous de remettre en question vos usages et de faire un tri salutaire. Avez-vous vraiment besoin de payer pour tel ou tel service ?

Si vous ne savez pas comment vous extirper de cet amas d’abonnements, sachez qu’il existe des applications gratuites, comme SubscriptMe et TrueBill, qui vous aideront à faire des économies en faisant le tri dans vos abonnements. À vous, ensuite, de vous demander, simplement, et systématiquement, si vous abonner à tel ou tel service vous sera réellement utile et nécessaire – ou si vous pouvez juste vous en passer.