OVH mise sur l’ouverture pour s’imposer comme alternative aux géants américains du cloud

Ouverture, c’est désormais le mot d’ordre d’OVH. Son fondateur et président du conseil d’administration Octave Klaba en fait la clef de son nouveau plan stratégique « Smart Cloud » dévoilé lors de l’événement annuel OVH Summit qui réunit le 18 octobre 2018 à Paris quelque 3 000 personnes parmi ses clients, prospects et partenaires. L’entreprise a annoncé plusieurs nouveautés dont des services de base données, de big data, d’analyse de donnée et d’intelligence artificielle.

Pour se démarquer des géants de l’internet, les américains Amazon, Microsoft et Google, et les chinois Alibaba, Tencent et Baidu, qui dominent aujourd’hui le marché mondial du cloud public d’infrastructure, le champion français du secteur a choisi de puiser dans les valeurs européennes d’ouverture, de liberté, de transparence et de respect de la vie privée. « Pour moi, dont la famille vient de la Pologne, un pays qui a connu le communisme, la liberté revêt une importance toute particulière », confie Octave Klaba. « Nous voulons innover mais aussi laisser aux clients la liberté de choisir la voie de migration vers le cloud, de garder le contrôle sur leurs données et de bénéficier des avantages de l’interopérabilité, de la réversibilité, de la prédictibilité des prix et du respect de la vie privée. Nous leur proposons une expérience technique et commerciale différente de celles des grands concurrents américains.« 

Démarrage de l’activité aux États-Unis au début 2019

Fondé en 1999 à Roubaix comme plateforme d’hébergement de sites web, OVH se développe à marche forcée dans le cloud d’infrastructure. Mais il le fait, non pas à l’Amazon, à la façon d’IBM en offrant toutes les options d’infrastructure, des serveurs dédiés jusqu’au cloud public. « Notre ambition est d’offrir une alternative européenne aux géants d’internet américains et chinois », martèle son fondateur. L’ETI, qui compte aujourd’hui 2200 personnes dans le monde, dont 1700 en France, affiche un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros sur son dernier exercice fiscal clos en août 2018, en croissance de plus de 20%.

« Le cloud représente maintenant la plus grande partie de nos revenus », précise Octave Klaba. « Nous sommes encore en dessous de la croissance du marché mondial car l’Europe croît moins vite que l’Amérique du Nord. Mais dès que nous aurons démarré notre activité aux États-Unis, ce qui est prévu au début 2019, nous allons accélérer notre développement. » Avec l’objectif d’atteindre 600 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019 et 1 milliard d’euros en 2020.

OVH a ouvert deux datacenters outre-Atlantique portant son infrastructure à 28 centres de données répartis sur 12 sites et 8 pays (France, Allemagne, Royaume-Uni, Pologne, Australie, Singapour, Canada et États-Unis), et des datacenters sont en projet en Espagne et en Italie. Cette expansion s’inscrit dans un plan d’investissement de 1,5 milliard d’euros de 2016 à 2020, dont 300 millions d’euros en 2018. Cette année, OVH a quadruplé la capacité de son usine d’assemblage de serveurs à Croix, dans le Nord, en la portant à 400 000 serveurs par an. Car l’entreprise roubaisienne construit la plupart des serveurs de ses datacenters en les équipant de son système « unique » de refroidissement à l’eau. Pas encore de projet d’implantation en Chine, en Inde, au Brésil ou en Asie-Pacifique. « Ce sera dans le plan d’après« , promet Octave Klaba.

Introduction en Bourse, option sur la table

OVH fonde son ouverture sur l’utilisation des technologies open source. « Notre cloud public OVH Stack s’appuie sur la plateforme Open Stack développée en interne à partir des briques open source », affirme Michel Paulin, le nouveau directeur général sur lequel Octave compte pour accélérer la reconnaissance et la croissance de son entreprise. « Nous sommes probablement le plus grand cloud public dans le monde à s’appuyer dessus. « 

Alors que la souveraineté numérique est au cœur des préoccupations en Europe, Octave Klaba s’étonne de voir tant d’administrations et de grandes entreprises françaises choisir le cloud d’Amazon, de Microsoft, de Google ou d’IBM. « Cela prouve qu’il reste du travail à faire pour nous connaitre et nous imposer comme un acteur de confiance », analyse-t-il. « Ceci étant, nous avons plus d’une centaine de clients parmi les grandes entreprises françaises. Nous les accompagnons à des stades divers dans leur transformation. Parmi elles figurent Auchan, Airbus, Société Générale et Alcatel Lucent Enterprise.« 

Au-delà du plan actuel, Octave Klaba réfléchit sur l’étape d’après, de 2021 à 2026. « Nous aurions peut-être besoin de mobiliser 4 à 7 milliards d’euros pour devenir une entreprise peut-être de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires », indique-t-il. « Pour financer cet investissement, toutes les options sont sur la table, y compris une introduction en Bourse. » Un tabou tombe. Jusqu’ici, Octave Klaba tenait à garder le statut familial de son entreprise en finançant son développement exclusivement par fonds propres et emprunt bancaire. Pour aller plus vite, il s’est résoulu en 2016 à faire rentrer à hauteur de 20% de son capital les fonds d’investissement américains KKR et TowerBrook pour une levée de fonds de 250 millions d’euros.

Initiative pour un écosystème européen du numérique

Octave Klaba se veut le défenseur de la souveraineté numérique européenne. Il porte l’initiative « vGAFAM » visant à créer en Europe un écosystème numérique capable de servir de contrepoids à celui des GAFAM, sigle qui désigne Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft. « Notre rêve est de voir émerger en Europe des géants d’internet », confie-t-il. « Ce qui manque aujourd’hui c’est un écosystème où nous pouvons coopérer sur la base des valeurs européennes de confiance. C’est cela que nous voulons construire, une sorte de GAFAM virtuels. Nous voulons démarrer avec quelques sociétés du numérique de 200 à 300 millions d’euros de chiffre d’affaires pour ensuite réunir jusqu’à 1000 acteurs. Nous pourrons alors coopérer sur des thèmes comme l’innovation, la formation, la recherche de talents, l’international ou encore le développement business pour croître plus vite. L’idée est de faire émerger 100 entreprises de plus de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, contre seulement cinq aujourd’hui. »

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