Pour sortir des turbulences du cloud Microsoft veut accélérer, mais comment ?

Pour sortir des turbulences du cloud Microsoft veut accélérer, mais comment ? Satya Nadella, CEO de Microsoft, confronté au casse-tête du cloud © Flickr CC – Heisenberg Media

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C’est un moment critique pour Microsoft. L’éditeur de logiciels de Redmond entre dans une période à fortes turbulences, avec en perspective la baisse du chiffre d’affaires, des marges et des profits. En cause : le cloud computing. Cette activité atteint un niveau tel qu’il menace désormais l’activité traditionnelle de licences. C’est une évolution typique de toute transition vers le cloud.

gros trou d’air propre au cloud

Depuis son arrivée aux commandes en février 2014, le CEO Satya Nadella fait de la migration vers le cloud computing une priorité stratégique. Au premier trimestre 2016, l’activité du groupe dans ce domaine atteint un chiffre d’affaires annuel d’environ 10 milliards de dollars, dont un tiers dans les services d’infrastructure (IaaS et PaaS) et deux tiers dans les services de logiciels à la demande (SaaS). Ce qui propulse Microsoft à la deuxième place mondiale sur chacun de ces deux segments du cloud derrière respectivement Amazon Web Services et Salesforce. Et l’ambition est de passer le cap d’un chiffre d’affaires annuel de 20 milliards de dollars dans 2 ans.

Des résultats à faire pâlir d’envie ses trois plus grands concurrents traditionnels, Oracle, SAP et IBM, mais qui sont en train de provoquer la panique au sein de la direction. Car l’activité cloud computing dans le logiciel, qui constitue le cœur de métier et la raison d’être du géant de Redmond, tend à cannibaliser le juteux modèle traditionnel de licence. C’est un phénomène classique de la transition vers le modèle du SaaS. Et ceci se ressent de plus en plus dans les résultats financiers.

pas question de faire machine arrière

Au premier trimestre 2016, les ventes d’Office 365, la version cloud de la suite bureautique Office, qui constitue la première vache à lait de Microsoft, ont bondi de 63% à monnaie constante, tandis que celles des licences traditionnelles d’Office ont décliné de 11%. Les ventes de licences professionnelles des systèmes d’exploitation Windows, l’autre vache-à-lait de l’éditeur, ont dévissé de 11% à monnaie courante. Le chiffre d’affaires total a reculé de 6% à 20,5 milliards de dollars en monnaie courante, le résultat d’exploitation de 20% à 5,3 milliards de dollars et le bénéfice net de 25% à 3,8 milliards de dollars. Et la dégradation pourrait s’amplifier dans les trimestres à venir.

Une perspective qui inquiète le conseil d’administration. Mais, décision surprenante, au lieu de demander de freiner la transition, il presse Satya Nadella de soigner le mal par le mal en accélérant le virage vers le cloud computing. Trois options sont sur la table : accroitre les investissements, mener des acquisitions et revoir les partenariats dans ce domaine.

alors accélérer… en croquant Salesforce ?

En 2015, Microsoft a investi près de 5 milliards de dollars dans le cloud. Un effort considérable grâce auquel le CEO se targue de disposer désormais d’un réseau de datacenters trois fois plus dense que celui de Google et deux fois plus dense que celui d’Amazon Web Services. Le groupe a également mené une myriade de petites acquisitions. Dans un article sur le blog boursier Seeking Alpha, l’analyste Eric Johnsa l’invite à passer à la vitesse supérieure en attrapant de gros poissons du SaaS.  

Le numéro un mondial des services de gestion de la relation client Salesforce apparait comme une cible de choix. Son acquisition ferait doubler d’un seul coup le chiffre d’affaires de Microsoft dans le cloud. Des discussions ont eu lieu dans ce sens en 2015 mais ont échoué. Marc Benioff, PDG-cofondateur de Salesforce, garde toutefois la porte ouverte. Le prix à payer serait élevé puisque son entreprise vaut plus de 54 milliards de dollars en bourse. Mais avec un trésor de guerre de plus de 105 milliards de dollars, le groupe de Staya Nadella en a les moyens.

En cas d’échec, Eric Johnsa suggère des cibles plus modestes mais à fort potentiel comme le spécialiste de services de gestion financière et ressources humaines Workday (capitalisation boursière de 15 milliards de dollars) ou le spécialiste des services de gestion d’infrastructure informatique ServiceNow (capitalisation de 12 milliards de dollars).

ou.. en tuant Windows ?

Pour l’analyste au pseudonyme « Motek Moyen », l’urgence pour Microsoft est d’étendre son empreinte cloud au-delà d’Office. Dans son article sur Seeking Alpha, il le pousse à entrer sur le marché des services cloud de création multimédia, spécialité d’Adobe Systems, en rachetant le canadien Corel, et de marcher sur les plates-bandes d’Autodesk des logiciels de gestion de cycle de vie des produits en mettant la main sur des spécialistes du domaine comme le français Dassault Systèmes.

Autre enjeu important pour Microsoft : la création d’une plateforme cloud de services autour de son écosystème Windows à l’instar de celles d’Apple autour de son système iOS et de Google autour de son système Android. Selon l’analyste Mark Ribben, c’est une nécessité vitale pour compenser la mort du modèle traditionnel de revenus de Windows en prélevant une commission sur les ventes d’applis tierces à travers cette plateforme. « Mais pour cela, l’éditeur de Redmond doit accepter de tuer le modèle historique de Windows », conseille l’analyste dans un article sur Seeking Alpha. Un immense sacrifice ! Pas sûr que Satya Nadella, aussi détaché fut-il de Windows, l’accepte.

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