Qualité de service Internet : l’Arcep veut y voir plus clair

L’autorité de régulation des télécoms poursuit son pivotement et profite de la publication de son rapport sur l’état d’Internet en France pour faire un tour d’horizon des grands enjeux de la régulation en France. Dans ce document, l’Arcep explique vouloir jouer le rôle du médecin et tirer un « bilan de santé » de l’internet en France : la formule n’est pas sans rappeler l’initiative de Mozilla, qui avait également voulu publier un « bilan de santé de l’internet. » Mais le point de vue n’est pas le même et le régulateur a son propre diagnostic.

« Il y a plusieurs points que je souhaitais mettre en avant concernant ce rapport », explique Sébastien Soriano, président de l’Arcep, lors de son propos introductif. « Tout d’abord la question de la neutralité du net qui est un point majeur. Je souhaitais également souligner l’effort des équipes, qui sont parvenues à se réorganiser pour aborder de nouveaux sujets à moyen constant. Et enfin je souhaitais souligner l’un des points importants de ce rapport : la question de la mesure. »

Le compas dans l’œil

En effet, le rapport d’activité consacre sa première partie aux problématiques liées à la mesure de la qualité de service et aux outils à la disposition du régulateur pour mesurer cette qualité de service fixe. Au premier abord, on pourrait se dire que la question est une lubie de technicien et que le sujet ne risque d’intéresser que les ingénieurs chargés d’étudier la question.

Mais pour l’Arcep, la question de la mesure de la qualité de service est une question essentielle : en effet, la stratégie retenue en 2016 par l’autorité des télécoms suite à la publication de sa revue stratégique est celle d’une « régulation par la data. » Comme pour le mobile avec la mesure scientifique combinée au crowdsourcing afin d’évaluer les performances opérateurs, il s’agit de s’appuyer sur la mesure indépendante pour faire bouger les lignes.

 

Ce grand principe choisi par l’Arcep consiste à publier et mettre en avant ces informations afin de permettre au consommateur de faire ses choix en ayant pleinement conscience des forces et faiblesses de chacun. On peut trouver un très bon exemple de cette approche dans le site « mon réseau mobile » qui permet aux utilisateurs de pouvoir consulter la qualité de services des offres mobiles avec une grande précision avant de faire leur choix en matière d’opérateur.

Mais l’Arcep rencontre un écueil de taille dans sa stratégie : le manque d’outils fiables permettant de tester et d’exprimer de façon intelligible la qualité de service.

« On est forcés d’admettre que le nombre de variables qui doivent être prises en compte pour estimer la qualité du service est extrêmement important. Mais les consommateurs ont besoin d’une information fiable » explique ainsi Pierre Dubreuil, chargé de mission au sein de l’unité « internet ouvert. »

Un premier pas en avant

Difficile de compter sur les statistiques avancées par les opérateurs, qui ont une fâcheuse tendance à mettre en avant leurs points forts pour attirer le client. Pour pallier cela, l’Arcep évoque une nouvelle piste : la mise en place « d’une carte d’identité de l’accès fixe. » Derrière cette expression se cache en réalité une API dédiée à la collecte des données que l’Arcep aimerait pouvoir proposer aux opérateurs et implémenter dans les différents modèles de box proposés par les opérateurs.

 

Ce projet, que l’Arcep désigne avec le lyrisme qui sied aux grandes administrations par le titre ronflant de « Chantier A », vise ainsi à mettre à disposition de l’Arcep des informations permettant de « caractériser l’accès » d’un utilisateur. L’utilisation de l’API viendrait compléter celle des différents outils déjà mis en place par l’Arcep, en venant pondérer les résultats selon les informations récupérées sur la box de l’utilisateur.

Les données récupérées comprennent : « technologie d’accès, informations sur la connexion LAN et sur la box, et – pour la plupart des FAI – compteur de trafic sur le port WAN19 permettant de détecter le crosstraffic. »

La mise en place de cette API sera accompagnée par la rédaction d’un code de conduite incitant à la transparence des opérateurs en matière de publication de données de connexion (il s’agit du chantier B) et enfin d’une réflexion approfondie sur les capteurs utilisés par l’Arcep dans ses différents tests (le chantier C, vous l’aurez deviné).

Pour l’instant néanmoins, le projet de développement des API n’est qu’une piste de travail qui doit encore être négocié avec les principaux concernés : les opérateurs. Le champ exact de mise en place de ces API, l’accessibilité de celles-ci (juste l’Arcep ou tout le monde ?) et des données qui seront remontées sera probablement le sujet d’âpres négociations.

Sébastien Soriano se veut néanmoins confiants « Nous ne souhaitons pas forcer la main des fournisseurs d’accès et nous préférons que cela se passe en bonne intelligence. Mais si nous devons nous montrer coercitifs, nous n’aurons aucun problème. » Reste que la technique du « name and shame » a fait ses preuves dans le mobile et personne n’aime être désigné comme le mauvais élève par le régulateur. 

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