Rencontre avec Netflix : « l'Ultra HD sur une connexion mobile n'est pas impossible »

Il y a quelques semaines, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec deux des têtes pensantes de Netflix : Chris Jaffe, responsable de l’innovation produit, et Chitavan Pandya Patel, responsable de l’acquisition de contenu au sein du service. Un « questions/réponses » plutôt instructif.

C’est dans l’immense ballroom monopolisé par Netflix dans l’hôtel Venitian de Las Vegas, à l’occasion du CES, que nous avons rencontré Chris Jaffe et Chitavan Pandya Patel. Le décor n’était pas sans rappeler le salon cosy que l’on peut apercevoir dans l’application de réalité virtuelle de Netflix, et ce n’est pas un hasard : telle est clairement la vision du confort selon le service de SVOD. L’occasion de poser de multiples questions autour des pratiques de la plateforme, mais également de ses ambitions pour 2016 et au-delà.

Chitavan Pandya Patel et Chris Jaffe de Netflix
Chitavan Pandya Patel et Chris Jaffe de Netflix

Netflix a commencé l’année en se lançant dans 130 nouveaux pays, dont certains sont bien mieux lotis que d’autres en matière de connexion à Internet. J’imagine que ce n’est pas un hasard si vous faites ça après avoir annoncé de nouvelles optimisations de l’usage de la bande-passante et de la compression du contenu. C’est un point crucial pour vous ?

Chris Jaffe : Oui, ça l’est depuis déjà plusieurs années. La première leçon que nous avons apprise en lançant Netflix pour la première fois en dehors des USA, à savoir au Brésil, c’est qu’il pouvait y avoir de très grosses différences en matière de bande passante d’un pays à l’autre, et que nous devions en tenir compte.

Se lancer dans de plus en plus de pays, et récemment dans 130 supplémentaires, n’a fait que renforcer cette problématique, et pour nous, proposer un algorithme suffisamment performant pour fournir une image de qualité à tout le monde en fonction de la bande passante disponible est clairement notre plus grand défi. Ce n’est pas un problème qui va disparaître de sitôt, donc nous nous concentrons vraiment dessus.

Nous travaillons sur la question d’une manière globale, mondiale. Nous ne nous focalisons pas sur un ou deux pays spécifiques, nous raisonnons de façon générale car nous avons créé un service mondial.

Reed Hasting lors de sa keynote au CES 2016
Reed Hasting lors de sa keynote au CES 2016

Visionner de l’Ultra HD sur une connexion mobile, est-ce que ce serait possible un jour selon vous ?

Chris Jaffe : Quand on voit le développement de technologies telles que le HDR sur les téléviseurs, qui sollicitent toujours plus de bande passante pour offrir la meilleure qualité d’image possible… je pense qu’on peut parler de « course à l’armement », c’est à celui qui disposera des meilleures technologies, du meilleur algorithme possible…

Tout le monde travaille sur l’optimisation et l’utilisation de la bande passante, que ce soit nous, que ce soit les FAI… donc tout cela ne va aller qu’en s’améliorant. Quand on repense à ce qu’il se passait il y a 10 ans quand on essaye de visionner une vidéo en streaming sur un ordinateur portable, c’était compliqué, ça n’a rien à voir avec ce qu’on peut faire aujourd’hui sur un téléphone portable. Tout cela va évoluer à la hausse, donc il n’y a pas de raison qu’un jour ça ne soit pas possible.

Modifié le 25/02/2016 à 14h56

En 2015, vous avez considérablement amélioré l’interface télé du service, ainsi que le site Web et l’app tablette. Mais du côté des smartphones, c’est plus calme. Ce n’est pas dans vos priorités ?

Chris Jaffe :
Les mobiles sont intéressants même si ce n’est pas la priorité de Netflix, qui est la télé. Mais on ne peut pas délaisser le mobile : les gens peuvent avoir envie de terminer le visionnage d’un épisode sur leur smartphone après avoir commencé sur une télévision, par exemple.
Les gens consomment de la vidéo sur Netflix sur leur smartphone lorsqu’ils sont en déplacement, mais ils utilisent également leur téléphone à la maison. Ils l’utilisent dans la cuisine, ou dans leur lit, où ce n’est pas toujours simple de regarder la télé. Il y a donc de nombreux usages auxquels on s’intéresse.

Netflix

Que pensez-vous des smartphones dotés d’un écran 4K ? Lors d’une précédente rencontre, Neil Hunt, responsable de l’innovation produit chez vous, n’avait pas caché sa perplexité…

Chris Jaffe : On est toujours contents de voir que des gens repoussent constamment les limites. Il y a 5 ans, on découvrait les premiers contenus HD sur smartphones, et les gens disaient « ah, d’accord ». Aujourd’hui, on commence à voir du contenu Ultra HD, et c’est une évolution normale.

Quand ce genre de technologie arrive sur le marché, ça met, en toute logique, une grande pression sur le reste des acteurs de l’industrie, en particulier sur nous qui proposons du divertissement, mais aussi sur les FAI, sur les fournisseurs d’accès téléphoniques… Nous avons une petite équipe qui travaille constamment sur ce genre d’innovation, et nous avons une règle principale à ce sujet : se focaliser sur les demandes des consommateurs. Du coup, si nos abonnés nous demandent du contenu en Ultra HD sur leurs téléphones, alors nous serons motivés pour leur en proposer. C’est un cercle vertueux pour nous ! On peut se poser la question avec la 4K, mais également, aujourd’hui, avec le HDR.

Toujours pas de mode offline prévu ?

Chris Jaffe : Toujours pas de plan, non. La bande passante continue d’augmenter constamment, et le Wi-Fi est de plus en plus présent, y compris dans les avions, notamment aux USA. Nous sommes bien plus intéressés par le fait d’optimiser encore le débit et l’utilisation de la bande passante.

Parlons un peu du contenu. Pourquoi les séries télé exclusives à Netflix sortent toujours le vendredi sur la plate-forme, alors que c’est le jour des sorties ciné aux USA ? La saison 2 de Daredevil va sortir le même jour de Batman V Superman chez vous…

Chitavan Pandya Patel : Notre équipe travaille sur ce type de points stratégiques avant tout pour déterminer quelle est l’expérience la plus confortable pour les utilisateurs. Je ne pense pas que ce soit liée à la question des sorties cinéma. Il n’y a donc pas vraiment de lien avec le fait que ce soit une veille de week-end. Pour Daredevil, c’est vraiment un hasard de calendrier, nous n’avons pas pour objectif d’installer un duel entre Marvel et DC !

Chris Jaffe : Nous lançons tout ça à minuit le vendredi, heure du Pacifique. Là il y a tout de même une stratégie : en lançant la nuit, s’il y a un problème, nos ingénieurs ont une chance de les régler rapidement, à une heure qui n’est pas une heure de pointe en matière de visionnage, ce qui permet de déranger le moins d’utilisateurs possible en cas de problème. Aujourd’hui, il y a très peu de problèmes à régler mais c’était davantage le cas avant.

Modifié le 25/02/2016 à 14h56

Pourquoi les films et les séries Netflix ne sortent pas, de manière générale et à quelques exceptions près, en DVD ou en Blu-ray ? Est-ce que ça peut changer ?

Chitavan Pandya Patel : Les contenus sont le moteur, donc il est compliqué pour l’entreprise de se délester de son contenu produit justement pour attirer des gens sur Netflix et de le proposer à l’extérieur de la plate-forme. C’est un choix stratégique de ne miser que sur le dématérialisé.

Nous proposons parfois du contenu bonus, aussi bien sur Netflix que sur les réseaux sociaux, à destination des fans. Pour ce qui est des DVD et Blu-ray, il ne faut jamais dire jamais, cependant, ce n’est pas dans nos plans dans l’immédiat.

Marseille la première série française de Netflix
Marseille, la première série française de Netflix

L’arrivée de Netflix dans 130 nouveaux pays va se traduire comment en matière d’ajout de contenu exclusif pays par pays ?

Chitavan Pandya Patel : Notre objectif est toujours de produire du contenu local et original dans un maximum de pays, aussi bien pour le proposer dans le pays concerné que dans le reste de Netflix à travers le monde. L’un de nos exemples les plus concrets est la production de la série Marseille, en France, qui arrivera cette année sur Netflix et qui sera non seulement proposée en France, mais également dans tous les autres pays dans lesquels Netflix est disponible.

Nous sommes à la recherche d’opportunité de ce type, en permanence. Nous travaillons actuellement sur du contenu original produit en Italie, au Brésil, au Mexique…

Comment se passent les relations entre Netflix et les producteurs de contenu pour les faire adhérer aux ambitions technologiques de votre plate-forme ?

Chitavan Pandya Patel : Nous encourageons les créateurs de contenu à utiliser les technologies 4K pour tourner, mais nous ne les obligeons pas si ça ne correspond pas à leur vision artistique. Mais aujourd’hui l’Ultra HD est plutôt bien installé dans l’esprit des créateurs de contenu avec lesquels nous travaillons.

Espace Netflix au CES 2016
L’espace Netflix, tel qu’installé durant le CES 2016

Quelles sont vos priorités pour l’année 2016 ?

Chris Jaffe : Nos plus grosses priorités cette année sont intimement liées au lancement mondial du service. Nous travaillons encore sur l’amélioration de l’utilisation de la bande passante, sur la compression de l’image…

Il est important pour nous d’observer la manière dont les nouveaux utilisateurs emploient nos applications à travers le monde, pour pouvoir nous adapter en conséquence et optimiser davantage l’expérience utilisateur.

Chitavan Pandya Patel : 2015 a été l’année la plus riche en matière de contenus exclusifs à Netflix, et 2016 va continuer sur cette lancée avec de nouvelles saisons de séries déjà installées, mais aussi de tout nouveaux programmes et une offre de films inédits à la plate-forme qui va considérablement s’étoffer.

Merci !

Modifié le 25/02/2016 à 14h56

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