Solid, l’idée de Tim Berners-Lee pour reprendre le contrôle des données

 

Tim Berners-Lee, qui a co-inventé le World Wide Web il y a trente ans, défend une vision utopique de son avenir. Il soutient pour cela la technologie open-source appelée Solid – et une startup appelée Inrupt qui espère la commercialiser.

Celle-ci est conçue pour soustraire les données aux mains de ceux qui les exploiteraient pour des publicités ciblées et des manipulations politiques. En stockant ces données dans des dépôts en ligne appelés Solid pods – contrôlés par les internautes et qui leur permettraient de les partager avec les tiers de leur choix.

Le financement par la publicité n’est pas la solution

« Nous voulons utiliser cette date symbolique des 30 ans pour effectuer une correction à mi-parcours » justifie Berners-Lee. « Nous assistons à une énorme réaction contre la dystopie du monde technologique. »

Il a plaidé sa cause à Oktane 2019, une conférence organisée à San Francisco par Okta, une société spécialisée dans l’identité en ligne et l’authentification. Mais les grandes plateformes font jusqu’à présent la sourde oreille à cet appel à une réforme du web promue par Berners-Lee.

Depuis des années, Berners-Lee réclame des améliorations sur le Web et a ajouté à sa liste de maux les fausses actualités et l’ingérence dans les élections. À l’occasion du 30e anniversaire du World Wide Web, au début de l’année, il a appelé à une action collective pour résoudre ces problèmes.

Il espère ainsi que Solid offrira une meilleure fondation au Web. Pour rendre cet avenir possible, il devra cependant convaincre de nombreux développeurs de concevoir des logiciels adoptant sur cette technologie. Et il devra aussi convaincre nombre d’internautes d’accepter de payer ce qu’ils consomment sur Internet souvent gratuitement. Car pour Tim Berners-Lee, indéniablement, la publicité n’est pas un moyen sain de financer l’Internet.

« Avec la publicité, vous n’arriverez jamais à aligner les motivations » juge Berners-Lee. Dans ce modèle, sites et applications doivent servir deux maîtres : les utilisateurs, pour qui la vie privée est souhaitable, et les annonceurs qui les financent, et pour qui la vie privée rend le ciblage publicitaire plus complexe.

Et les sites financés par la publicité peuvent se révéler mauvais, souligne Berners-Lee. Un exemple concret : des enfants en Macédoine ont perçu de l’argent grâce à des publicités Google diffusées à côté de faux messages sur Internet.

Ces internautes étaient motivés par le nombre de personnes cliquant sur le site, et non par l’authenticité des messages qu’ils diffusaient. L’article qui a ainsi généré le plus de recettes publicitaires était intitulé : « Hillary voulait véritablement que Trump l’emporte », rapporte Berners-Lee.

Partager ce que vous voulez avec qui vous voulez

Dans un monde Solid, les internautes pourraient partager sélectivement des informations sur leur santé ou d’activité physique avec leur médecin. Le médecin pourrait partager sélectivement les résultats de laboratoire avec le patient. Le propriétaire des données reste maître de la situation.

Plus tard viendront les applications qui – une fois que vous aurez accordé la permission et éventuellement payé pour les services qu’elles offrent – puiseront dans les données de votre pod Solid. Berners-Lee envisage des applications englobant plusieurs groupes de personnes.

« Lorsque vous disposez de tous ces espaces et de contrôles d’accès vous permettant de partager tout ce que vous voulez avec n’importe qui dans le monde, nous pouvons écrire des applications collaboratives » imagine-t-il.

Gestion globale des données

Passer à une architecture décentralisée des données ne sera pas une mince affaire. Les applications pourraient cesser de fonctionner en cas de révocation des permissions. Un ami peut partager les photos d’une fête avec un autre ami, mais celui-ci pourrait ne pas être en mesure de les transférer à un autre participant de la fête. Imaginez un monde où les demandes de mise à jour des paramètres d’autorisation pour différents fichiers et catégories de données se multiplieraient.

Mais pour Berners-Lee, les bénéfices dépassent les inconvénients. Plus de Cambridge Analytica collectant des millions de données d’utilisateurs à des fins d’analyse politique, plus de perte de ses publications lorsque Google décide de fermer Google Plus.

« Le projet Solid vise à bouleverser le fonctionnement du Web » insiste Berners-Lee.

Source : Web inventor Tim Berners-Lee wants to give you your data back

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