Streaming : l’avenir du jeu vidéo est-il dans le Netflix du gaming ?

Streaming : l’avenir du jeu vidéo est-il dans le Netflix du gaming ?

Regarder une vidéo partout, sur son smartphone, sa tablette puis son ordinateur, en déplacement ou chez soi : depuis 4-5 ans, le streaming façon Netflix a radicalement transformé notre façon de visionner des films et des séries. Finis, les DVD, et le “binge watching” devant une télé : cette façon de consommer à la chaîne des longs métrages ou des épisodes est devenue mobile. Tout ça grâce au “Cloud”, qui a propulsé les films “dans les nuages”.

Aujourd’hui, un autre secteur, pour une consommation tout aussi prometteuse, semble prête à déménager dans le cloud : le jeu vidéo. Depuis un an, les offres permettant de jouer par abonnement, en streaming, se multiplient, du Playstation Now de Sony à Blacknut, en passant par Shadow et le service GeForce Now de Nvidia.

Jouer dans les nuages

Le “cloud gaming” permet de jouer à un jeu vidéo, à la demande, sur n’importe quel type de terminal. Selon les acteurs du secteur, notamment Microsoft, les jeux vidéos dans les nuages pourraient signer à terme la fin des consoles traditionnelles (de salon) – puisque la tendance est désormais au “cross play”, avec la possibilité pour des joueurs de plateformes différentes de jouer ensemble, peu importe le support utilisé. Avec le cloud gaming, les jeux ne sont pas stockés sur une console, mais sur des serveurs, et ils se lancent sans installation préalable. Les sauvegardes sont en ligne, et il est ainsi possible de reprendre une partie (en streaming) sur n’importe quel appareil. Au lieu d’acheter un PC de gamer ou une console, puis des jeux, le consommateur paie un abonnement, comme avec Netflix, allant de 5 à 50 euros suivant le service.

“Actuellement, si vous voulez jouez à FIFA aux Etats-Unis, ça vous coûte 460 dollars. Vous devez acheter la console et le jeu. Dans un monde de streaming, ça pourrait coûter 9,99 dollars par mois. Il faudra travailler sur les détails commerciaux, mais quel que soit le prix de l’abonnement au final ce sera nettement moins que 460 dollars”, argue Chris Evenden, d’Electronic Arts. Selon EA, qui propose déjà des catalogues de jeux sur abonnement, avec le streaming et la fin de la “barrière de l’infrastructure”, le jeu vidéo devrait “connaître plus de changements durant les 5 prochaines années qu’il n’en a connu depuis 45 ans” – et évoluer exactement comme la musique et la vidéo avec Spotify et Netflix.

A noter, bien sûr, que pour l’industrie du jeu vidéo, l’absence d’une configuration matérielle minimale requise et d’un téléchargement préalable est aussi et surtout l’occasion de faire exploser le nombre de joueurs (donc de clients), tout en proposant régulièrement des mises à jour et des “add-on”. Une façon, notamment, de faire venir des joueurs plus “occasionnels”.

La promesse : jouer sur n’importe quel appareil

Bien que le marché soit encore embryonnaire et donc très réduit pour le moment, la concurrence est déjà rude… chacun essayant de devenir le “Netflix du jeu vidéo”. Difficile de faire l’impasse sur le géant Sony, qui propose son propre service de jeu vidéo streaming : Playstation Now – 17 euros par mois pour 480 jeux PS3 et PS4. Pour l’instant, on ne peut pas jouer sur des terminaux aussi différents qu’une console et un smartphone, mais chez Sony, on mise gros sur le jeu vidéo en ligne : le groupe japonais, qui a racheté, ces 5 dernières années, deux spécialistes du cloud gaming (Gaikai et OnLive), affirme sans ambages vouloir “préparer l’avenir” – et être prêt pour la fin des consoles – quand les consommateurs finiront tous par être conquis par le streaming.

Sony (et bientôt, Microsoft, qui pourrait aller plus loin que sa Xbox Game Pass) devra compter sur la présence de nouveaux venus, qui comptent bien secouer le secteur. Google étant partout, la firme californienne développe forcément son propre service d’accès à des jeux vidéo en streaming – baptisé Yeti. En France, la startup rennaise Blacknut part avec moins de moyens (elle vise 300.000 utilisateurs d’ici 2020), mais son offre de 200 jeux à la demande et en streaming à 14,99 euros est destinée à être accessible sur n’importe quel appareil (télé, ordinateur, tablette, smartphone), avec un algorithme de recommandations proche de celui de Netflix.

Restent Shadow et GeForce Now, de Nvidia. L’un est un système qui permet, pour 30 euros par mois, de transformer n’importe quel écran en un “ordinateur virtuel” haut de gamme, quand l’autre est un service de jeux en streaming ne coûtant que 9,99 euros par mois, qui transforme également « n’importe quel PC ou Mac » en « machine de jeu à haute performance ». Deux solutions techniques assez impressionnantes… mais uniquement dans certaines conditions (optimales).

L’éternel problème de la latence et l’espoir 5G

Car attention à ne pas s’emballer : Shadow, GeForce Now ou encore Blacknut sont loin de toujours fonctionner d’une façon ultra-fluide. Le défi technique reste ainsi de supprimer toute latence, et pour cela, mieux vaut tout de même disposer d’une bonne connexion – la fibre optique chez soi (ou une très bonne ADSL 2 au pire), la 4G à l’extérieur… Car tout comme les jeux en ligne multijoueurs, le streaming demeure forcément dépendant de la qualité de la connexion : sans une bonne connexion, vous risquez ainsi de voir votre personnage avancer péniblement, ou de voir plus généralement une action se réaliser de manière décalée et saccadée – avec le risque de perdre la partie.

Pour réduire le “lag” lié à la connexion, Nvidia, Shadow et les autres mettent visiblement le paquet. Et si cela semble fonctionner à la perfection avec la fibre optique (sans bouger de chez vous, donc) avec la 4G (en mode mobile), c’est une toute autre histoire – la qualité du réseau cellulaire étant actuellement très, très inégale… En clair, si vous galérez déjà pour regarder un film sur Netflix avec votre smartphone lorsque vous êtes en voiture ou dans un train, oubliez les jeux vidéo en streaming. Pour un usage mobile, il vous faudra donc être patient, et attendre l’avènement de la sacro-sainte 5G.

Selon nombre d’analystes, dont le cabinet Gartner, ce “réseau du futur” pourrait réduire à néant toute latence (entre 2 et 3 millisecondes, au lieu de 10 à 50 ms avec la 4G), et transformer à jamais le monde des jeux vidéo. « D’une certaine manière, la 5G sera nécessaire pour que les jeux vidéo en streaming s’installent réellement « , estime Matthew Hudak, consultant en recherche chez Euromonitor International, sur CNBC. Selon Jeremy Horwitz, du site tech VentureBeat, la “très faible latence” de la 5G est, tout simplement, son “arme secrète”, et ce qui permettra à une nouvelle génération de jeux d’éclore – des jeux en ligne, et aussi en réalité virtuelle (sans nausée).“Imaginez des jeux vidéo 5G entièrement générés par un serveur super-puissant et diffusés en direct sur votre casque VR : c’est la prochaine étape”, n’hésite-t-il pas à prophétiser.

Avant d’atteindre ce doux rêve, espérons juste que la 5G ne prendra pas trop de temps à débarquer en France. En Asie et dans d’autres pays européens, comme l’Allemagne, les opérateurs comptent lancer leurs réseaux dès 2019… quand dans l’Hexagone, nous n’en serons alors qu’à des” sites pilotes” (dans une poignée de grandes villes), le lancement officiel de la 5G étant prévu pour 2020.

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