Téléport : ces 32 grandes oreilles fêtent leurs 40 ans

Bercenay-en-Othe (Aube) – « A quoi servent ces grandes oreilles ? » Juchées dans la campagne auboise, les 32 antennes paraboliques du Téléport Orange – à 20 minutes au sud de Troyes – évoquent tout à la fois un bon vieil épisode d’X-Files, le réseau Echelon, et une mythique scène de James Bond. Ici, point d’extraterrestre ou d’écoute de la NSA. Le site a été choisi en 1978 pour sa bonne visibilité de l’arc géostationnaire.

 

Les 32 antennes du Téléport Orange de Bercenay-en-Othe, au coeur de la campagne auboise.

C’est à cette époque le besoin de connecter les Dom et les Tom avec la métropole – alors que l’économie des câbles sous-marins est balbutiante – qui incite à développer la télécommunication par satellite géostationnaire. Une idée folle née dans l’esprit inventif d’Arthur C. Clarcke (oui, 2001 : l’Odyssée de l’espace). Il est le tout premier à décrire l’idée d’un satellite de télécommunications, basé sur le principe d’un miroir.

Des antennes de ce type ont été déployées dans le monde entier dans les années 80, donnant naissance à des téléports identiques, de Hong Kong à Tanum en Suède, en passant par Bercenay-en-Othe. « C’est une technologie au passé glorieux » dit Jean-Luc Vuillemin, Directeur Réseaux et Services internationaux/SrVP International Networks, Infrastructures & Services chez Orange. « Si l’on devait reconstruire des antennes aujourd’hui, elles ne seraient pas aussi grosses parce que la technologie à beaucoup évolué. C’est comme si l’on voulait reconstruire des galions à voile. Il n’empêche que ces galions fonctionnent toujours parfaitement ».

 

Visualisation des satellites géostationnaires avec l’application SatFinder Lite. L’antenne vise avec son faisceau à un dixième de degré à une distance de 36.000 kilomètres pour établir une liaison.

BY1, 300 tonnes sur la balance

Prenez BY1, 300 tonnes sur la balance. Cette première antenne installée en 1978 sur le site sait viser avec son faisceau à un dixième de degré à 36.000 kilomètres de distance sur l’équateur. Elle compense automatiquement les mouvements du satellite avec lequel elle communique, qui se déplace dans une fenêtre de 200 kilomètres de côté. Car oui, un satellite géostationnaire bouge.

Cette majestueuse antenne haute de 32 mètres, mobile sur deux axes et équipée d’un système de dégivrage (« Ca coûte une blinde » nous dit-on, soit 180 kw par dégivrage), fut la première d’une longue série. Elle fonctionne toujours, comme en atteste le grincement due au déplacement sur ses axes.

Une technologie qui fonctionne encore à merveille. « Le plus cher c’est de repeindre l’antenne » assure Jean-Luc Vuillemin¨, pour qui le coût de maintenance n’est pas un sujet. Reste que certains équipements auraient bien besoin d’un petit ravalement. Les antennes communiquent jour et nuit avec 23 satellites appartenant à Eutelsat, Intelsat, SES et Arabsat. Le site gère à ce jour 2,5 gbps de débit.

 

Le faisceau est propulsée du centre de l’antenne vers son cassegrain. Puis il est projeté sur la parabole. Et part dans l’espace.

Débit et latence en fin de route

Ces antennes ont vu, au mitan des années 90, le transport de la vidéo (dopé par le Mondial de football 1998) exploser. Puis la communication par câble sous-marin a raflé le marché. Pourquoi ?

Une paire de fibre d’un câble transatlantique permet de faire passer un débit de 30 a 35 Tbps. Et un câble contient entre 4 et 6 paires de fibre. Le débit d’une connexion par satellite peut monter elle… jusqu’à 2500 Mbps. « La question du débit n’est pas liée à la taille des antennes » dit Jean-Luc Vuillemin. « c’est au niveau du transpondeur embarqué dans les satellites que se situe la limite ».

Côté latence, là aussi, la technologie n’est plus vraiment à l’ordre du jour pour les applications du futur. « Les satellites géostationnaires sont positionnés à 36.000 kilomètres au dessus de l’équateur. La latence de la transmission de données est donc liée à cette constante physique incompressible » note Jean-Luc Vuillemin. Avec 0,5 seconde de latence, impossible de s’aligner avec les exigences de la 4G et de la 5G par exemple.

Vers la mobilité partout dans le monde

Continuer à faire de la télécommunication par satellite avec ces nouveaux standards exige de sortir de la logique géostationnaire et de descendre beaucoup plus bas. Avec les projets de « Low Earth Orbital » (Orbite terrestre basse), entre 1.000 et 2.000 kilomètres d’altitude, la latence serait alors du domaine de la milliseconde.

Reste que les employés du centre s’accrochent à l’idée que des besoins nouveaux vont voir le jour et pourront transiter par les grandes oreilles des paraboles satellitaires. Pour cela, le secteur doit passer d’une logique de connectivité à une logique de mobilité. La connexion par satellite sert de plus en plus à relier au monde des objets en mouvement dans les endroits les plus isolés de la Terre.

« Nos systèmes permettent de connecter les navires et les avions où qu’ils soient dans le monde » assure Thomas Girardin, directeur du site du Téléport. « Nous travaillons aussi sur la connectivité des avions ».

 

Banc d’essai des antennes de navires. Le signal part des antennes du Téléport et vers les satellites. Les satellites les renvoient vers les antennes mobiles de ces navires.

Sur le site, un banc de test d’antennes satellitaires maritimes qui équipent les navires permet de tester les systèmes de connexion. Ces antennes mobiles suivent les satellites géostationnaires entre les 60ème degrés nord et sud. De quoi envoyer de la voix et de la data depuis les coins les plus reculés de la planète.

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