VivaTech 2018 : La France rattrape son retard sur les fortes levées de fonds

Inauguré par le Président de la République Emmanuel Macron, le salon Viva Technology 2018 prend ses quartiers à la Porte de Versailles jusqu’au 26 mai 2018. Une ruche bourdonnante de start-ups engagées sur tous les terrains, des véhicules autonomes aux acteurs de la fintech en passant par les healthtech et edtech, sans oublier les acteurs de l’industrie.

Sur Viva Technology 2018, Emmanuel Macron sacrifie à l’habituel exercice des selfies pendant sa visite inaugurale du salon, ce 24 mai. (Crédit : Henry de Romans @nry_dr)

En direct de Paris. Très grosse effervescence, fortement canalisée, ce matin pendant la visite d’Emmanuel Macron, à l’ouverture du salon Viva Technology 2018 qui concentre pendant 3 jours une foisonnante diversité de start-ups technologiques. Le Président de la République a été guidé le long de grappes compactes de visiteurs, à travers les allées où s’exposent – à la Porte de Versailles jusqu’au samedi 26 mai – les applications du numérique les plus diverses dans le quotidien, la ville, l’entreprise, les transports, la santé, l’industrie, le luxe, la fourniture d’énergie et dans bien d’autres domaines, ramifiées en de multiples déclinaisons. Qu’il s’agisse de véhicules autonomes, de robots, de moyens de paiement, de services en ligne, de gaming dans la formation avec, de façon désormais accélérée, une confrontation de l’utilisateur à l’intelligence artificielle dans ses interactions les plus courantes.

Sur cet événement organisé par Publicis, une partie des start-ups sont accueillies sur les stands de grands exposants comme LVMH, Engie, La Poste, la RATP, Orange, AccorHotels, Sanofi ou l’un des nombreux autres poids-lourds présents sur l’événement qui démultiplient désormais les leviers de l’open innovation. Au cours de son parcours fléché entre les stands, Emmanuel Macron n’a pas oublié l’étape Bpifrance où lui ont été présentées les start-ups Wandercraft et Novagray du secteur de la santé. Wandercraft travaille sur un exosquelette conçu pour redonner l’autonomie de la marche aux personnes en fauteuil roulant, tandis que la Montpelliéraine NovaGray s’est spécialisée dans la détection d’effets secondaires chez les patients soumis à la radiothérapie.

Le Président de la République Emmanuel Macron et le secrétaire d’Etat au Numérique Mounir Mahjoubi parcourent les allées de Viva Technology 2018. (crédit : Henry de Romans @nry_dr)

« Indispensable pour notre pays »

Sur VivaTech 2018, dont les exposants tenors ont été reçus hier à l’Elysée, le Chef de l’Etat est « venu parler à l’écosystème français du numérique » qu’il connaît bien pour l’avoir étroitement côtoyé lorsque fut ministre de l’Economie et du Numérique. « Ici, ce que nous sommes collectivement en train de faire est indispensable pour notre pays », a-t-il déclaré lors de sa prise de parole face à un auditoire où les premiers rangs étaient occupés par les personnalités du sommet Tech for Good. Parmi celles-ci Satya Nadella, CEO de Microsoft, qui a pris la parole pour réitérer les investissements dans l’intelligence artificielle que l’éditeur s’est engagé à faire en France. La veille, c’est Virginia Rometty, CEO d’IBM, qui a annoncé 1800 recrutements dans l’Hexagone sur l’IA, l’Internet des objets et blockchain d’ici 2 ans.

« Sur l’année 2017, 2,5 milliards d’euros ont été investis dans nos startups, », a rappelé ce matin le Président de la République en soulignant que ces montants avaient plus que triplé en trois ans. A côté d’une initiative de l’ampleur de Station F, « une majorité de start-ups se développent dans les métropoles régionales », a pointé Emmanuel Macron. « La France est en train de rattraper son retard sur les fortes levées de fonds », a-t-il assuré et, au-delà, il lui faudrait maintenant être leader en Europe. Sur 2017, le Président a mentionné deux start-ups, Actility dans les réseaux IoT bas débit, pour sa levée de fonds de 71 M€, et Teads, pépite de la publicité en ligne, racheté par Altice, qui vont continuer à se développer en France en tirant l’écosystème, anticipe-t-il. « Si aujourd’hui Engie, LVMH, La Poste, Publicis, Orange, Sanofi ont développé autant l’investissement dans les start-ups c’est qu’ils ont compris que l’innovation vient de là », a-t-il ajouté. « Notre attractivité, c’est le visage que nous donnons, les réformes que nous portons, et les talents que nous avons et qui ont envie de réussir (…) J’ai besoin de vous pour attirer le reste du monde et faire réussir la totalité du pays », a lancé le Chef de l’Etat qui a alternativement parlé en français, puis en anglais pour s’adresser aux invités anglophones.

La fourmilière VivaTech réunit les grands groupes du CAC40 engagés dans l’open innovation et les start-ups qui les accompagnent. (crédit : LMI/MG)

Visite virtuelle du chantier de la Ligne 14

L’un des signes distinctifs du grand show VivaTech est d’offrir au visiteur une multitude d’accroches, dans une ambiance sonore très animée. On peut, au hasard, se jucher sur un fauteuil dynamique casqué d’un Oculus Rift pour conduire un bus de la RATP ou visiter en réalité virtuelle le chantier d’extension de la ligne 14 du métro, ou bien encore entrer dans la station spatiale internationale reproduite par Hewlett-Packard Enterprise. Le fournisseur y explique comment il teste dans la véritable ISS les logiciels autonomes de son supercalculateur Spaceborne Computer, envoyé sur place depuis août dernier, pour en réduire la consommation d’énergie en vue des futures missions sur Mars. Au hasard des stands, on trouvera pêle-mêle l’aérateur de vin connecté d’Aveine ou l’équipement de détection olfactive pour le contrôle qualité (en agro-alimentaire, notamment) du Grenoblois Aryballe Technologies, sur le stand LVMH, ou bien le projet de scooter connecté issu d’un partenariat entre Peugeot et AT&T. 

La navette ISS reconstituée par HPE pour présenter les tests d’économie d’énergie réalisés dans l’espace sur son supercalculateur Spaceborne Computer. (Crédit : LMI/MG)

Sur VivaTech, les start-ups n’échappent pas au délicat exercice du pitch qui consiste à exposer en quelques minutes à un jury expérimenté l’objectif et les atouts du produit ou du service qu’elles ont développés. Briq s’y est soumis, sur le stand de la RATP, pour décrire son application intégrée avec Slack, conçue pour booster l’engagement des collaborateurs d’une entreprise au moyen de crédits virtuels. De même que Skillup qui se présente comme le Tripadvisor de la formation et crée des outils personnalisés pour les responsables formation. Vue sur le stand de La Poste, Find &Order développe pour les centres commerciaux des calques numériques pour présenter aux consommateurs une interface unique pour rechercher des produits avant d’aller les acheter. Un GPS indoor guide ensuite l’acheteur vers la boutique. Un peu plus loin, une start-up déjà bien déployée comme Klaxoon – 90% du CAC 40 utilisent son outil d’animation de réunion – est installée sur son propre stand. Elle y expose son Meeting Board lancé au CES. Cet équipement couplant box et grand écran permet d’organiser des séances de braimstorming dans n’importe quel bureau, pour interagir via l’écran depuis son smartphone sans disposer de réseau WiFi.

Un Next40 des start-ups en fort développement

Pour passer à la vitesse supérieure dans le développement de cet écosystème en forte croissance, il faut encore assouplir quelques processus et libérer certains financements. Sur le stand de Bpifrance, Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au Numérique, a présenté le bilan de la revue des start-ups demandé en novembre par le 1er Ministre. L’objectif d’Actions startups était de faire remonter les irritants que rencontraient les entrepreneurs, secteurs par secteurs : fintech, healthtech, assurtech, edtech, etc. Une centaine de constats principaux en a été remontée pour lesquelles des actions vont être engagées. L’ensemble des propositions et mesures envisagées sont résumées sur le site numérique.gouv.fr. Mounir Mahjoubi en a annoncé quelques-unes. Pour augmenter le montant des levées de fonds, afin d’obtenir « des tickets de 20, 50 ou 100 millions d’euros », il devrait se créer cet été le dispositif franco-allemand d’investissement dans des fonds transnationaux de capital-risque. Ce fonds, qui avait été évoqué pour la première fois fin 2016, sera soutenu par Bpifrance et KfW à hauteur de 250 M€.

Mounir Mahjoubi, lors de son point presse sur la revue Action Start-ups. (Crédit : LMI/MG)

Par ailleurs, pour « faire de la France un territoire d’attractivité sur les ICO, des labels devraient être mis en place. Pour permettre aux start-ups de participer à davantage d’appels d’offres, il est question de relever à 100 000 euros (contre 25 000 aujourd’hui) le seuil pour les procédures simplifiées. Le seuil sur le crowdfunding devrait lui être relevé à 8 M€. Une feuille de route sera établie pour aider les Edtech à approcher l’Education nationale. Sur le besoin en compétences, un groupe de travail sera constitué cet été pour réviser la liste des métiers en tension. Dans le cadre de la grande école du numérique et en dehors, « nous allons reconnaître de nouvelles formations », a ajouté Mounir Mahjoubi qui a énuméré ainsi une série de points, sur le financement et l’emploi. Une mesure emblématique se détache, la création d’un indice Next40 destiné à identifier et faire connaître largement les start-ups françaises ayant le plus gros potentiel de développement.

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